‹ Institutions de SparteChapitre 136 sur 242 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

châtier, si c'est nécessaire. De là une grande réserve, une extrême soumission (1). »

Parvenu à douze ans, l'enfant n'a ni tunique, ni chaussure ; afin de né pas être Tesclave des saisons, il porte toute Tannée le même vêtement ; sanourriture est peu abondante et très commune. Il faut qu'il soit prêt à tous les sacrifices que demande la guerre; car ainsi que le remarque Aristote, à Lacédémone et en Crète, le système de l'éducation publique et la plupart des lois ont uniquement en vue de former des soldats, a Le fruit que nous recueillons de ce système d'éducation, fait dire Plutarque (2) à Agésilas, c'est la liberté. »

« Cependant, dit Xénophon (3), afin que ces enfants n'aient pas trop à souffrir de la faim, il leur a permis, non pas de se procurer sans peine ce qui leur serait nécessaire, mais de le voler afin de satisfaire leur appétit.... Celui qui veut voler doit veiller la nuit, ruser le jour, tendre des pièges, mettre des gens au guet, pour se procurer quelque aubaine. Or il est évident que Lycurgue voulait rendre les enfants plus adroits à se procurer le nécessaire, plus propres à la guerre en les dressant à ces manoeuvres. »

Le voleur est puni, non pour avoir commis un acte que la justice condamne et que la société a intérêt à empêcher ou à réprimer, mais pour avoir mal volé. La faute n'existerait pas s'il ne s'était pas laissé surprendre. Un habile pouvait tout se permettre.

(1) Xénophon, République de Sparte, ch. II. ^

(2) Apophthegmes.

(3) République de Sparte, ch. II.

Voltaire dit à ce sujet (1) : (( On voulait qu'un enfant pût dérober ce qu'un Spartiate s'appropriait ; mais il fallait que cet enfant fût adroit; s'il prenait grossièrement, il était puni. C'est une éducation à la Bohême. »

Plutarque, qui parle en plusieurs endroits de ces larcins, ne les improuve pas, et aucun des écrivains de l'antiquité n'a fait un reproche à Lycurgue de les avoir autorisés. Il faut donc leur reconnaître un caractère spécial, que RoUin a parfaitement exposé :

(( D'où peut donc être venu, dit-il, le jugement peu favorable qu'en portent souvent les modernes, si ce n'est de ce qu'ils ne prennent pas la peine d'en peser les circonstances et d'en pénétrer les motifs ?

» 10 Les jeunes gens ne faisaient ces larcins que dans un temps marqué, par ordre de leurs commandants et en vertu de la loi ; ils ne volaient que des légumes et des vivres, comme supplément au peu de nourriture qu'on leur donnait exprès en très petite quantité.

» 2^ La législation avait pour but de rendre les possesseurs plus vigilants à serrer et à garder leur bien; d'inspirer aux jeunes gens, tous destinés à la guerre, plus de hardiesse et plus d'adresse, et surtout de leur apprendre à vivre de peu, à pourvoir euxmêmes à leur subsistance, à supporter la fatigue, à se maintenir longtemps sans approvisionnements dans des terres où l'ennemi, accoutumé à l'abondance, mourait de faim dès les premiers jours, et, faute de vivres, abandonnait un pays où les Lacédé-

(1) Commentaire sur Montesquieu.

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