CHAPITRE VI
moniens trouvaient sans peine de quoi subsister (1). »
Barthélémy ('2) justifie cette autorisation par les mêmes motifs et presque dans les mêmes termes.
Il n^en faut pas moins constater l'immoralité du principe et l'importance des conséquences.
Le chef, que Plutarque appelle Virène, exerçait les enfants au chant, que Platon (3) regarde comme nécessaire à un bon gouvernement. Il les habituait à traiter et à résoudre des questions propres à former l'esprit. Elles étaient posées après le repas, dont elles faisaient une partie essentielle. Celui qui répondait mal «était mordu au pouce)) par l'irène (-4).
Les châtiments corporels étaient un moyen d'éducation mis à la disposition de chacun des citoyens. c( A Lacédémone, dit Montesquieu (5), tous les vieillards étaient censeurs. » On peut ajouter que c'était le droit de tous, parce que tous étaient constitués, par l'opinion, gardiens de l'honneur et des intérêts de la cité.
Aussi les enfants, quelque sévèrement qu'ils fussent traités, ne trouvaient aucun appui ni dans une tendresse aveugle, ni dans la pitié. « Quand un enfant, dit Xénophon (6), qui a reçu des coups, vient se plaindre à son père, celui-ci est répréhensible s'il ne donne pas de nouveaux coups à son fils, tant est profonde cette conviction réciproque qu'on ne peut
(1) Traité des études, tome III, 3^ partie, (â) Voyage du jeune Anacharsis, ch. XLIII.
(3) Lois, m.
(4) Plutarque, Lyc, 29.
(5) Esprit des lois, V, 7.
(6) République de Sparte, 6.
ainsi rien commander de malhonnête aux enfants. »
Il pouvait résulter, de cette sévérité à laquelle l'esprit et le corps étaient soumis dès les plus jeunes années , des mœurs farouches et des habitudes de violence. Aristote le croit. Il dit que « les enfants des Lacédémoniens, qui commençaient ces examens dès l'âge le plus tendre, en contractaient trop de férocité (1). »
Les Spartiates ne s'en mettaient pas en peine. Cette (( férocité » était une partie de leur vertu.
2. L'éducation était surtout physique. Le législateur voulait former des corps vigoureux, capables de supporter la fatigue et propres à exceller dans la guerre. Les rares exercices intellectuels avaient pour but unique de donner à l'esprit cette souplesse et cette subtilité par lesquelles on ne se laisse pas tromper, et on parvient à tromper les autres.
et Ils n'apprenaient les lettres que pour le besoin; tout le reste de leur instruction consistait à savoir obéir, supporter les travaux et vaincre. A mesure qu'ils avançaient en âge, on les appliquait à des exercices plus forts, on leur rasait la tête, on les obligeait d'aller sans chaussure, et, le plus souvent, on les faisait jouer ensemble tout nus (2). »
Jusqu'à douze ans, ils portaient des tuniques. Ils recevaient alors un manteau. Le nom de «vêtement lacédémonien » signifiait en Grèce vêtement léger.
Xénophon dit (3) ce que Lycurgue présentait aux enfants, comme un bel acte, de recevoir de nombreuses
(t) Politique, VII, 4.
(2) Plutarque, Lyc.y 26.
(3) République de Sparte, ch. III.