CHAPITRE VI
meurtrissures devant l'autel d'Orthia, où ils étaient flagellés, achetant, par une courte souffrance, une gloire durable.
Plutarque (1) donne cet usage comme de beaucoup postérieur à Lycurgue. Avant la bataille de Platées (479), Pausanias faisait un sacrifice. Les Perses le surprirent, et il dut, pour les repousser, recourir à des fouets et à des bâtons. « C'est, dit le biographe, en mémoire de cet événement, et pour imiter l'incursion des Lydiens, qu'on célèbre encore aujourd'hui à Sparte une fête dans laquelle on fouette les enfants autour de l'autel et qu'on appelle la marche des Lydiens. »
Pausanias (2) dit que ce cruel traitement était le souvenir des sacrifices humains en usage auparavant.
Lucien (3) décrit ainsi cette cérémonie : «Que diras-tu quand tu verras ces mêmes Lacédémoniens battus de verges, près de l'autel, tout ruisselants de sang, tandis que les pères et les mères, témoins de ce spectacle, loin de s'effrayer des souffrances de^leurs enfants, les menacent de leur colère s'ils ne résistent pas aux coups, ou les supplient de supporter la douleur le plus longtemps possible, de s'armer de patience contre les tourments? On en a vu beaucoup mourir dans ces épreuves, ne voulant pas, tant qu'ils respiraient, demander grâce sous les yeux de leurs parents et céder à la nature. »
Quel parti ne devait-on pas tirer pour la formation du caractère et la persévérance dans les desseins,
(1) Aristide, 29.
(2) Laconie, XVI.
(3) Anacharsis , 38.
pour le service de la patrie et sa gloire, d'une si énergique obstination? Elle était le fruit d'une éducation dure par elle-même, plus dure encore par les châtiments qui la sanctionnaient, et devenait le principe des dévouements les plus absolus. ^
Le sophiste Libanius, ami de Julien, dit (1) que l'usage de fouetter les enfants devant l'autel d'Artémis Orthia existait de son temps. C'est une des nombreuses preuves que nous offre l'histoire de Sparte de sa fidélité aux traditions.
Il ne devait pas y avoir eu d'interruption, car Cicéron (2), Plutarque (3), Pausanias (4) en parlent comme défaits présents. Il est certain que Sparte, dégénérée, garda beaucoup d'usages qui avaient fait sa supériorité et la distinguaient des autres cités. Elle n'avait perdu que l'esprit qui les rendait féconds.
Ils s'habituaient, de bonne heure, à cette simplicité qui faisait dire à Thucydide (5) : (( Les Lacédémoniens, les premiers, prirent des vêtements modestes, tels qu'on les porte aujourd'hui, et, dans tout le reste, les riches conservèrent la plus grande égalité avec la multitude. » Il en fut de même pour les habitations et tout ce qui servait à la vie commune. Longtemps ils ne portèrent que des bagues de fer (6).
La vie morale n'est, pour le législateur, l'objet
(1) Histoire de sa vie par Eunape.
(2) Tusculanes, II, 15.
(3) Lycurgue, 16, 18, 30.
(4) Laconie, 16.
(6) Pline, 37, 1.