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CHAPITRE VI

d'aucune attention. La vertu consiste à remplir les devoirs envers la patrie. L'homme n'est rien, le citoyen est tout. Que lui importe la moralité personnelle, pourvu que ce qui est prescrit par la loi soit rigoureusement exécuté et que la patrie en recueille le bénéfice ?

Quant aux dieux, Lycurgue n'en a pas souci. Il n'a rien ordonné pour le culte privé.

On sait ce qu'était la famille à Sparte. Il n'est pas probable qu'elle eût conservé intacte la tradition de la prière, de l'offrande et du sacrifice, dans lesquels le père remplissait devant tous les siens et en leur nom le ministère sacré.

La religion du plus grand nombre se bornait donc à des cérémonies publiques fixées par l'usage ou par la loi, et auxquelles chacun restait fidèle, en vertu de la discipline qui régissait tous les actes et soumettait tous les citoyens.

^ Cicéron (1) dit que personne n'avait le droit de vivre à sa manière, mais que chacun était assujetti aux lois qui le liaient aussi étroitement dans sa ville que les soldats des autres pays étaient liés par les lois de la guerre dans leur camp.

Aussi Simonide appelle-t-il Sparte « la dompteuse d'hommes. »

3. A dix-huit ans, les exercices du corps deviennent plus nombreux et plus violents. Les jeunes gens sont déjà soldats, et cependant, s'il faut en croire Xénophori, ils sont tenus à une discipline morale qui paraît avoir plutôt en vue la formation de l'esprit que le développement des forces du corps.

(1) Brutus.

(( Voulant imprimer fortement la modestie dans les cœurs, dit-il (1), Lycurgue a ordonné qu'on marchât dans les rues la main sous la robe, en silence, sans tourner la tête, les yeux devant les pieds. Il a ainsi fait comprendre que, pour la modestie, l'homme a encore plus de fermeté que la femme. Aussi, l'on n'entend pas plus la voix des jeunes gens que s'ils étaient de pierre; ils ne détournent pas plus les yeux que des. statues d'airain, et ils ont plus de^ pudeur qu'il n'en règne dans les appartements les plus inaccessibles des vierges; puis, quand ils arrivent au repas commun, ils ont pour habitudq d'attendre, en écoutant, qu'on les interroge. »

Il faut faire, pour ce tableau comme pour beaucoup^ d'autres, la part de l'exagération. Xénophon est. souvent partial en faveur de Sparte. Son témoignagene doit pourtant pas être rejeté absolument. 11^ appartient à l'antiquité, à un esprit observateur qui avait vécu à Sparte, et les réserves qu'il est juste de faire ne lui enlèvent pas toute autorité.

Que les jeunes gens fussent ainsi modestes devant tous et surtout respectueux pour les vieillards, il n'y a pas de doute, et des preuves nombreuses l'établissent.

Nulle part, le respect n'a été plus loué et plus recommandé qu'à Sparte. Le respect est la reconnaissance de l'autorité et la condition d'une obéissance honorable. Il naît d'une haute idée morale, et consacre des droits et des devoirs respectifs. La famille, la cité, le peuple où il règne sont assurés d'une existence longue et paisible; car celui qui est respectueux

(1) République de Sparte, ch. III.

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