CHAPITRE VI
par les reproches, ils soient vivement excités parla louange.» Ils voient en eux des hommes. On demandait à Agis ce qu'il fallait enseigner aux enfants : « Les choses, dit-il, dont ils feront usage quand ils seront hommes (1). »
Les jeunes gens, les hommes faits, les vieillards.
' 1. Le Spartiate n'échappait donc pas à la discipline sévère d'une éducation publique, pendant son enfance, son adolescence et sa jeunesse.
Le passage d'un de ces états à l'autre était solennellement célébré. On appelait Sphéréens (2), ceux qui sortaient de la classe des adolescents pour entrer dans celle des hommes. Le sacrifice auquel ils étaient tenus pour marquer cette étape de leur vie était adressé à Hercule. Toujours la force !
Si l'embonpoint empêchait un jeune homme de prendre part aux exercices, il était déshonoré et banni (3). La chasse entretenait et développait les forces. La danse était prescrite. Il y en avait de deux espèces : l'une, appelée chaîne (4), avait un caractère militaire. Les jeunes gens et les jeunes filles se poursuivaient. L'autre se composait de mouvements
(1) Plutarque, Apophthegmes des Lacédémoniens,
(2) Scpatpsiç.
(3) Elien, XIV, 7.
(4) "Opfxoç, ou oppLocw, s'élancer.
rapides. Elle était célébrée en l'honneur de Dionysos et d'Aphrodite, et consistait en concours à la lutte, au disque, à la javeline.
Ces différents exercices rappelaient la guerre. On les continuait jusqu'à trente ans, et celui qui demandait grâce était déshonoré (1).
L'attention du Spartiate, adolescent ou homme fait, était toujours en éveil, et pas un seul de ses actes ne pouvait paraître indifférent à ceux qui veillaient sur l'application de la loi.
Il n'avait pas seulement pour surveillants ceux à qui la loi donnait ce titre et cette fonction. Chacun avait la charge de ses compagnons, et cette vigilance intéressée, si elle était inspirée par un amour ardent de la patrie, recevait une excitation constante du désir naturel de trouver les autres en défaut.
Il y avait non seulement émulation, mais encore antagonisme entre ces hommes formés par les mêmes exercices et animés par la même pensée.
« Les Ephores choisissent, dit Xénophon (2), parmi les adolescents, trois hommes auxquels on donne le nom d'Hippagrètes, Chacun d'eux en désigne cent, et fait connaître les motifs pour lesquels il les a préférés aux autres. Ceux qui n'ont pas obtenu cette distinction deviennent également ennemis de ceux qui les ont exclus, et de ceux qui leur ont été préférés, et ils s'observent les uns les autres, pour découvrir celui qui péchera contre les lois de l'honneur. »
Xénophon trouve que cette rivalité, qui semble d'abord toute morale, est agréable aux dieux et utile
{]) CicÉRON, Tusculanes, v. 27.
(2) République de Sparte , chapitre IV.