CHAPITRE VI
Il est inutile de faire remarquer qu'il n'y a pas véritablement place, dans ce système d'éducation, pour le développement des facultés intellectuelles. Le travail auquel on les soumet amène le triomphe de l'esprit sur la matière. Sparte y eut vu une cause d'affaiblissement. C'est à la force qu'elle demandait tout. Un peuple lettré ne pouvait, à son avis, être un peuple guerrier.
Xénophon était devenu tout à fait Lacédémonien lorsqu'il dit (1): « La plupart des arts corrompent le corps de ceux qui les exercent; ils obligent de s'asseoir à l'ombre ou près du feu; on n'a de temps ni pour soi, ni pour ses amis, ni pour la république. »
Il n'est pas possible de méconnaître les fruits nécessaires d'une éducation toute physique. On a remarqué que les Thébains qui se livraient avec excès aux exercices gymnastiques passaient pour les moins spirituels des Grecs. Sparte, qui avait les mêmes habitudes, avec une incontestable supériorité d'es prit, perdait cependant de ce côté ce qu'elle gagnait en souplesse et en force corporelles. La véritable éducation consiste à donner au cœur, à l'esprit et au corps ce qu'ils réclament, en vertu de leur importance respective. Détruire cet équilibre, c'est former des hommes incomplets.
(1) Economiques, IV, 2, 3.
Les femmes.
1. Tout ce qui regarde la femme doit être entouré, sinon de mystère, du moins d'une certaine discrétion. Elle est faite pour vivre à l'intérieur , de modestie , d'activité, de dévouement. L'arracher pour son éducation au foyer domestique, pour sa vie à l'humble et héroïque pratique de ses devoirs de fille , de sœur, d'épouse, de mère, c'est méconnaître son esprit et son cœur, c'est violer les lois les plus formelles de la nature.
Sparte devait le faire, ou elle aurait été inconséquente avec elle-même.
L'éducation des femmes était dirigée par les mêmes principes que celle des hommes, et l'applicatioQ ne différait pas essentiellement, quelles que soient les oppositions que la nature a mises entre eux.
Aristote constate en ces termes les résultats déplorables auxquels serait arrivée, d'après lui, la législation de Lyeurgue :
a Partout où l'éducation des femmes est aussi mauvaise qu'à Lacédémone, on ne peut être heureux en enfants qu'à demi (1). »
Dans la Politique, il traite longuement cette question, et montre tout ce que la mauvaise éducation des femmes, ou l'absence de toute éducation apportait d'éléments de faiblesse dans l'État.
(1) Rhétorique, I. ch. V.