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CHAPITRE VI

« Le relâchement des lois lacédémoniennes à l'égard des femmes est, dit-il, à la fois contraire à llesprit de la constitution et au bon ordre de TÉtàt. Le législateur, en demandant à tous les membres de sa république, tempérance et fermeté, a glorieusement réussi à l'égard des hommes, mais il a complètement échoué pour les femmes, dont la vie se passe dans tous lies dérèglements et les excès du luxe (1). »

Il ne faut pas oublier qu'Aristote écrivait au moment où Sparte avait perdu son hégémonie et la plus grande partie des vertus politiques qu'elle devait à l'exacte observation des lois de Lycurgue.

Il croit cependant à l'influence des femmes à toutes les époques. « Tant que leur puissance a duré, ditil, les femmes ont décidé de bien des affaires. Or, qu'importe que les femmes gouvernent en personne, ou que ceux qui gouvernent soient menés par elles? Le résultat est toujours le même. Avec une audace complètement inutile dans les circonstances ordinaires de la vie, et qui devient bonne seulement à la guerre, les Lacédémoniennes, dans les cas de danger, n'en ont pas moins été fort nuisibles à leurs maris (2). »

^11 attribue aux longues guerres la négligence de l'éducation des femmes. « Lycurgue, après avoir tenté de les soumettre aux lois, dut céder à leur résistance et abandonner ses projets. » Aussi, est-ce à elles qu'Aristote croit devoir attribuer cette lacune, et par conséquent un dérèglement, qui est « une

(2) Polit., II, 6,7. r •

tache pour l'État et pousse les citoyens à T amour effréné des richesses (1). »

Ce résultat serait dû à une négligence du législateur, qui, dans ses prescriptions, n'aurait pas eu assez de soin des femmes, a Partout, dit-il, où ce point capital est omis, la moitié de l'État n'a point de lois. »

Est-ce bien véritablement la raison, et si les femmes n'ont pas été à Sparte ce qu'elles devaient être, pour l'honneur de leur sexe et pour le bien général, ne faut-il pas, au contraire, l'attribuer à et que le législateur s'est trop occupé d'elles?

Que la -loi civile règle les conditions matérielles du mariage, la tutelle, le droit à la succession, la participation aux affaires, elle en a le droit, et elle ne sort pas de son domaine. Mais qu'elle prétende former Tesprit et le cœur de la femme, tracer ses devoirs dans les diverses conditions que lui fait son rôle multiple et important dans la société , l'arracher à l'intimité de son foyer, pour la jeter sur la place publique, transformer ses douces et saintes affections en vertus civiques et patriotiques, c'est une erreur qui devait avoir les plus graves conséquences. La loi Spartiate, en effet, forme des citoyennes, et, grâce à elle, la femme disparaît. Comment aurait-elle pu rester elle-même, avec sa délicatesse native, sa sensibilité innée, sa pudeur, lorsque, avec cette simplicité rigide, qui plaçait tout sous un même niveau, la loi n'établissait presque aucune différence entre l'éducation à laquelle elle la soumettait, et celle des hommes?

(i) II, 6, 9.

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