‹ Institutions de SparteChapitre 148 sur 242 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Et cependant, quelles différences dans le caractè^e^ le tempérament, le rôle, l'influence, la destinée! Ce ne sont pas des conventions qui, partout et en tout temps, ont déterminé ce qui était permis ou défendu à la femme ; c'est la nature, c'est la morale universelle, ce sont les exigences de son ministère sacré dans la famille, et voilà pourquoi, à travers la multiplicité des erreurs, on retrouve des traits généraux qui prouvent que les sociétés ont conservé ou su retrouver les lois primitives et essentielles.

Sparte eut une même loi pour Thomme et pour la femme. Elle les soumit à un genre d'éducation presque identique. C'était plus simple et plus facile. Mais les conséquences devaient être déplorables.

Plutarque (1) croit devoir réfuter le reproche de négligence adressé par Aristote à Lycurgue. Il confirme, non pas l'absence de loi, mais l'existence d'une loi contraire à la nature.

« Il n'est pas vrai, comme le dit Aristote, que Lycurgue avait d'abord entrepris de réformer les femmes, mais qu'il y renonça, n'ayant pu refréner leur licence, ni réduire l'autorité excessive qu'elles avaient prise sur leurs maris, qui, obligés d'aller souvent à la guerre, étaient forcés de leur abandonner la conduite de leurs maisons, de les flatter beaucoup plus qu'il ne convenait, et de leur donner le titre de maîtresses. Au contraire, ce législateur prit d'elles tout le soin possible. »

Ce que Plutarque rapporte ensuite du système d'éducation adopté à Sparte pour les femmes, prouve que le législateur n'avait pas négligé cette moitié de

(1) Lycurgue, 21.

sa tâche. Mais la négligence n'eut-elle pas mieux valu que cette réglementation?

2. Lycurgue avait fait de Sparte non une grande famille, puisque la famille est unie par la réciprocité de Taffection et du dévouement, mais, en employant une expression moderne, un régiment. Sans tenir compte des inégalités qui sont dans la nature, il avait soumis à la même discipline l'homme et la femme, et leur avait imposé les mêmes exercices, comme si la société devait attendre et avait le droit d'exiger d'eux les mêmes services.

Plutarque expose en ces termes le système d'éducation par lequel Lycurgue prétendait former des femmes propres à honorer la patrie, et à mettre au monde des générations capables de la défendre.

« Il voulait que les filles se fortifiassent en s' exerçant à la course, à la lutte, au disque et au javelot, afin que les enfants qu'elles concevraient reçussent une plus forte constitution, des corps robustes, et qu'elles-mêmes, endurcies par ces exercices, supportassent avec plus de courage et de facilité les douleurs de l'enfantement (1). »

Elles devaient paraître en public, danser, chanter, et (( leur nudité n'avait rien de honteux, parce que la vertu leur servait de voile, et écartait toute idée d'intempérance. »

Dans la vie ordinaire, les vierges paraissaient sans voiles, les femmes voilées. Dans les exercices publics, jeunes filles et garçons ne rougissaient pas de leur nudité (2).

(1) Lycurgue, 21,

(2) Euripide, Andromaque, 598.

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