CHAPITRE VI
On blâmait Lycurgue de les avoir fait paraître ainsi : « J'ai voulu, dit-il, qu'accoutumées aux mêmes exercices que les hommes, elles eussent autant de force et de vigueur dans le corps, autant d'élévation et de vertu dans l'âme, et qu^elles sussent mépriser, comme eux, Topinion publique (1). »
Xénophon (2) constate les mêmes faits et, entrant dans le détail des moyens par lesquels, en dehors de toute idée morale, et avec l'unique préoccupation du résultat à obtenir, le législateur se mettait à la place de la nature, il le montre accordant des libertés qui ne pouvaient être qu'un encouragement au désordre, ou la sanction de la dissolution des mœurs.
Ainsi formée, la femme pouvait se montrer plus adroite, sans être jamais aussi vigoureuse que l'homme . Mais elle mentait à sa mission et détruisait l'équilibre social. Les sociétés sont comme les murs; elles ne se rejoignent que par leurs inégalités, et ne sont solides que par une mutuelle pénétration. L'homme, la femme, l'enfant n'ont ni les mêmes goûts, ni lès mêmes aptitudes, ni les mêmes devoirs, ni le même rôle, et ce sont ces différences qui . constituent l'harmonie dans la famille, et, par la famille, dans la société. Une législation qui n'en tient pas compte est condamnée par cela même. Un peuple dont l'éducation repose sur cette confusion, finit par n'avoir plus rien d'humain.
Constituée d'une seule pièce, la société lacédémonienne était une exception. Elle pouvait vivre par la rigueur du:rable d'une discipline vigoureuse. L'é-
(1) Plutarque, Apophthegmes des Lacédémoniens.
(2) République de Sparte, ch. I. » . .
^oïsme Tavait fondée, et, appuyé sur la guerre pour laquelle tout était fait, il Tentretint au profit de quelques-uns, et par la soumission du grand nombre.
Il n'y avait pas eu d'exemple de pareilles institutions, il n'y en a pas eu d'imitation dans le cours des siècles.
3. C'est certainement Sparte que Platon avait en vue lorsqu'il disait (1) : « Un État est parfaitement bien policé quand sa constitution lui donne une supériorité marquée à la guerre sur les autres États.» Mais la guerre est-elle toute la vie d'un peuple?
La jeune Spartiate participait aux exercices des garçons de son âge. Par ses danses et son chant, elle contribuait à l'éclat de certaines solennités. Plutarque croit que l'émulation y gagnait, sans que la moralité y perdit. « Cet usage, dit-il (2), leur faisant contracter des mœurs simples, leur inspirait entre elles une vive rivalité de vigueur et de force, et leur donnait des sentiments élevés, en leur montrant qu'elles pouvaient partager avec les hommes le prix de la gloire et de la vertu. »
Le nombre des habitants est la principale force des États. Lycurgue, qui retranchait les enfants faibles, encourageait le mariage, afin de multiplier les citoyens. Il attacha au célibat une note d'infamie, au moment même où il permettait les combinaisons les plus étranges et les plus immorales, pour rendre les mariages féconds, oubliant que la pudeur est la plus sérieuse garantie de la perpétuité dans les familles.
(1) Lois, I.
(2) Lycurgue, 21.