‹ Institutions de SparteChapitre 150 sur 242 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les magistrats pouvaient condamner les célibataires à faire, pendant Thiver, le tour de la place, nus, et chantant des vers qui justifiaient leur punition. Gléarque, disciple d'Aristote, dit : « qu'il y avait à Sparte une fête, dans laquelle les femmes faisaient faire aux célibataires le tour d'un autel, en les battant de verges, afin que la honte les forçât à se marier. »

Il y avait même des peines d'autre nature. Plutarque rapporte que deux citoyens qui avaient recherché les deux filles de Lysandre et qui se retirèrent lorsqu'ils apprirent que ce général, qui avait disposé de tant de richesses, mourait pauvre, furent condamnés à l'amende. « On voit par là, dit-il, qu'il y avait à Sparte des peines établies tant contre ceux qui refusaient de se marier, ou qui se mariaient trop tard, que contre ceux qui faisaient des mariages mal assortis (1).»

Ces lois et la permanence des désordres qu'elles avaient la prétention de réprimer prouvent l'impuissance de réagir contre les mœurs. Là où la loi humaine doit s'avouer vaincue, une loi religieuse exercerait un bienfaisant empire.

Plutarque néglige de dire à quel âge on était réputé célibataire et l'on tombait sous le coup de la loi. C'est probablement dans la vieillesse, qui commençait légalement à soixante ans. Celui qui n'avait pas été marié, ne recevait aucun des honneurs réservés à ceux qui avaient la double couronne de l'âge et de la vertu.

La fille Spartiate devenait épouse dans la force de l'âge.

(1) Lysandre, 36.

Elle ne recevait pas de dot (1) ; Hérodote dit (2) que Ton pouvait épouser sa sœur ou sa nièce.

Le père l'accordait, c'est du moins vraisemblable, car elle vivait auprès de lui. Mais il fallait que celui qu'elle avait choisi, ou qui lui avait été désigné comme époux, l'enlevât.

Il est étrange que cette fiction, née d'un sentiment de pudeur, naturelà la femme, ait été acceptéeà Sparte, où la délicatesse, loin d'être développée par l'éducation, devait au contraire être émoussée, sinon étoufifée.'

Nous savons qu'elle se maintint longtemps à Rome.

La femme Spartiate ne paraissait pas en public avec son mari. Leurs relations avaient toujours quelque chose de mystérieux, et si la corruption des mœurs fut malheureusement profonde et précoce à Sparte, elle n^altéra jamais ce caractère extérieur d'une décence d'autant plus respectée que la réalité la démentait.

Ce n'est pas seulement à Sparte que ce fait s'e&t produit.

Après avoir montré que l'éducation des filles diffère, à Sparte, de celle de toutes les autres nations, et qu'elle viole toutes les règles de la pudeur, Xénophon termine ainsi (3) : « Avec un système si contraire à tout autre pour la reproduction de l'espèce, je fais juge qui voudra, si Lycurgue a donné à Sparte des hommes supérieurs en force et en stature. »

Jamais le but utilitaire de la constitution sparliate n'avait été plus nettement énoncé. Avoir des hommes

(1) Justin, 3.

(2) Livre 6. • -

(8) République de Sparte, I. • .

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