CHAPITRE VI
forts vaut mieux qu'avoir des femmes ornées des vertus de leur sexe.
Les réponses trop louées des Lacédémoniennes prouvent le résultat de leur éducation. Plutarque(l) rapporte le trait suivant : a Un crieur public demandait à une femme exposée en vente, ce qu'elle savait faire : « Etre libre, » répondit-elle. Celui qui l'avait achetée ayant voulu exiger d'elle un service qu'elle croyait indigne d'une femme libre, elle lui dit : « Vous vous repentirez de vous être privé d'un » tel bien, et elle se donna la mort. » « Mère, la femme Spartiate avait des devoirs de vigilance, de sollicitude et de dévouement à remplir, jusqu'à ce que son fils eut sept ans. Il lui échappait alors. Elle ne devait plus voir en lui qu'un citoyen. Les réponses héroïques dont le patriotisme peut être fier, mais qui révoltent la nature, ne devaient pas être une exception. La femme les trouvait, non dans son cœur, qui eut parlé autrement, mais dans une éducation qui l'avait transformée. Elle ne connaissait plus la tendresse de la nature. Le patriotisme l'avait étouffée, comme toutes ses douces et aimables inspirations. Il y avait à Sparte non des filles, des épouses et des mères, mais des Spartiates.
L'opinion leur faisait la place que l'éducation leur enlevait. Plutarque (2) a dit, à propos de la mère d'Agis, que « les Spartiates avaient toujours eu beaucoup de déférence pour leurs femmes, et leur laissaient, dans les affaires publiques, plus d'autorité qu'ils n'en avaient eux-mêmes dans l'intérieur de
(1) Apophthegmes des Laeédémoniens. ^
(2) Agis et Cléomène, 8. . : . j
leur famille, » et il semble approuver ce qu'Aristote signale comme un principe de décadence.
Le contraire eut été plus naturel et plus profitable au bon ordre.
L'éducation n'éteignait pas cependant chez toutes les femmes la délicatesse et la pudeur en leur inspirant le courage et le dévouement.
Des femmes furent enveloppées dans le désastre du roi Cléomène. « La femme de Pantéas, qui était grande et forte, s'étant ceinte de sa robe, prit soin, sans parler et sans manifester de trouble, d'envelopper le corps de chaque femme après son exécution. Enfin, elle ajusta sa robe, la baissa jusqu'à ses pieds, et ne se laissa approcher et voir que par le bourreau. Elle mourut héroïquement, sans avoir besoin que personne la couvrit ou l'enveloppât, tant elle sut conserver dans la mort même la pudeur de son âme, et environner son corps de ce voile de décence qui l'avait défendue toute sa vie. Ainsi, dans cette tragédie sanglante où les femmes, à leurs derniers moments, disputèrent de courage avec les hommes, Lacédémone fit voir, d'une manière éclatante, qu'il n'est pas au pouvoir delà fortune d'outrager la vertu (l). »
Cet exemple et d'autres aussi glorieux n'autorisent pas cependant à dire comme Thirlwall (2), que « la moralité Spartiate était aussi pure que celle de tout peuple ancien, peut-être de tout peuple moderne. » Platon (3) dit combien il a été frappé de la dépravation des femmes à Sparte.
(1) Plutarquk, Agis et Cléomène, 71.
(2) Hist, grecque, ch. VUI, citée par Grote, III, p. 113.
(3) Lois, I.