‹ Institutions de SparteChapitre 153 sur 242 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

gences de ja vie militaire les auraient fait rétablir.

« Lycurgue obligea les citoyens à manger ensemble, et à ne se nourrir que de viandes réglées par la loi. Il leur défendit de prendre chez eux leurs repas sur des lits somptueux et sur des tables magnifiques (1). »

Ces repas seraient donc ceux de tous les jours, et, dans le même chapitre, Plutarque le dit formellement : « Il n'était permis à personne de manger chez soi, et d'arriver rassasié à ces repas communs (2). »

On a cru cependant que ces repas n'avaient lieu que deux fois par mois, qu'ils étaient des actes religieux ou politiques, plutôt qu'une satisfaction nécessaire. Quelques citoyens seulement auraient mangé tous les jours dans un édifice public, comme à Athènes, les prytanes prenaient leur repas dans le Prytanée, pendant les trente-cinq jours que duraient leurs fonctions.

Cette explication éloignerait tous les embarras que présentent, au premier aspect, uu repas servi tous les jours à un nombre considérable de citoyens. Mais elle paraît en désaccord avec l'opinion commune de l'antiquité, et l'ensemble des faits que nous connaissons.

D'abord, le nombre des Spartiates n'était pas considérable. Eux seuls pouvaient s'asseoir à ces tables communes. Mais beaucoup d'entre eux étaient constamment absents pour les députations, d'autres services publics et l'armée. Ensuite, la simplicité des mets et des tables , jointe à la frugalité imposée

(1) Plutarque, %c., 15. ;

(2) Plutarque, Lyc, 13. • l

par la loi, et à la discipline qui réglait tous les actes à Sparte, devaient rendre facile ce qui paraît entraîner d'immenses difficultés.

Il n'y avait, par jour, qu'un repas commun.

Si c'est possible, nous comprenons que Sparte Tait fait; si c'est difficile, son esprit devait le vouloir avec plus d'obstination, persuadée qu'elle aurait peu d'imitateurs.

2. L'antiquité tout entière a témoigné de son admiration pour cette coutume, qui lui paraissait le triomphe de l'égalité. Si ces repas avaient été rares, se serait-elle montrée aussi enthousiaste?

Le but du législateur n'aurait pas été atteint. En prescrivant les repas communs , il prétendait tout ramener à la simplicité primitive, et effacer ces distinctions que ne peut supporter un peuple soldat, et qu'il considérait comme dangereuses pour les vertus publiques.

Deux repas communs par mois , un plus grand nombre môme, auraient été impuissants à combattre les débordements du luxe , de la richesse et de la gourmandise. Après avoir payé ce tribut à une frugalité contrainte, les riches auraient cherché des dédommagements. Ils les auraient trouvés sans peine, et les distinctions, au lieu de disparaître, seraient devenues à la fois plus nombreuses et plus insolentes.

Plutarque rapporte (1) que, de toutes les institutions de Lycurgue, celle-ci irrita particulièrement les riches, qu'il en résulta une sédition, et que Lycurgue, poursuivi jusque chez lui ou dans un temple par un jeune homme, eut un œil crevé.

(1) Lycurgue, 14.

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