‹ Institutions de SparteChapitre 157 sur 242 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'établissement des repas publics n'était pas un fait isolé. Il se rattachait à la vie politique, à la situation sociale, à l'état de la famille. C'est ce que démontre cette observation de Grote (1) : « On peut juger de la gêne qu'on éprouvait par rapport à ces petits lots de terre, par le fait dont parle Polybe (2), que trois ou quatre Spartiates n'avaient souvent qu'une seule et même épouse, le patrimoine suffisant tout juste à fournir des contributions pour tous à la table publique, et ainsi à conserver intacts les droits de citoyen pour tous les fils. »

Il serait difficile de dire jusqu'à quelle époque se maintint l'usage des repas publics. Ils devinrent plus faciles avec la diminution rapide du nombre des citoyens, plus difficiles avec l'augmentation de la richesse et la concentration des fiefs entre les mains de citoyens qui avaient intérêt à ne laisser debout, vivante et souveraine, aucune des lois austères de Lycurgue.

Un des arguments qu'ils purent faire valoir pour leur suppression, est ainsi indiqué par Platon (3). <( Vos gymnases et vos repas publics sont avantageux aux États en bien des points ; mais ils ont de grands inconvénients par rapport aux séditions. »

Le peuple est un être capricieux et insaisissable. Il est aussi facile de le soulever, que difficile de lui faire entendre raison. Ce qui provoquerait l'adhésion de l'homme, pris séparément, et déterminerait sa conduite, reste sans influence sur la masse. C'est

(1) Histoire de la Grèce, tome III, p. 327.

(2) Fragments,

(3) LoiSt I.

la passion qui la conduit, et non la vérité, ét ce n'est pas sans raison qu'Horace, qui la connaissait, lui dit :

.0 peuple souverain, ô monstre à miUe têtes (1)1

Toutes les fois que les hommes se réunissent, il est fort à craindre qu'ils aboutissent à une sédition, à quelqu'un de ces coups de force, que n'avaient pas prévus ceux-là mêmes qui les accomplissent.

En supposant que les repas se soient maintenus dans la décadence de Sparte, il est certain qu'ils ont perdu leurs avantages, et qu'ils ont dû présenter, parmi tant d'autres inconvénients, celui de réunir le peuple qui, nombreux, devait être insolent et agité, peu nombreux, surexciter la jalousie de ceux à qui pesait ce privilège.

Les repas publics furent, comme l'éducation et les autres prescriptions de Lycurgue, la conséquence de ce système de réglementation qai enlevait l'homme à lui-même, et le soumettait à une loi inflexible, propre à discipliner vigoureusement une troupe de soldats, incapable de former des hommes dans la vertu et dans la liberté.

Aristote, qui n'est pas favorable à Sparte, signale ainsi les dangers de cette institution : « Les repas communs, qu'ils nomment Phidities, ont également été mal organisés, et la faute en est à leur fondateur: les frais en devaient être mis à la charge de l'Etat, comme en Crète. A Lacédémone, au contraire, chacun doit y porter la part prescrite par la loi, bien que l'extrême pauvreté de quelques citoyens ne leur

(1) Bellua multorum es capitum. (Epît,, I, l, 76.)

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