CHAPITRE VII
LES BOIS OU ABCHiiGËTES DT léA GUERRE
Les rois«
1. Sparte, comme toutes les cités de la Grèce, a commencé par le gouvernement monarchique.
La monarchie féodale, telle qu'elle est mise en scène par Homère, dans VIliade et dans VOdyssée^ fut d'abord celle de Sparte. Le séjour de Télémaque auprès de Ménélas en offre les traits distinctifs (1). Aristote (2) reconnaît cinq espèces de monarchie : Celle des temps héroïques, fondée surla soumission volontaire, et limitée à la suprématie de la guerre, de la religion et de la justice ;
Celle des peuples barbares, qui est un despotisme héréditaire, en vertu de la loi ;
L'asymnétie, dictature ou tyrannie, constituée par des suffrages libres ;
La royauté des Lacédémoniens, ou généralat per^ pétuel, héréditaire;
(1) Odyssée, chant H.
(2) Politique, ch. 2.
L'autorité exercée par un seul sur tous ses concitoyens, comme celle du père sur sa famille.
Là même oii l'on trouve réunis les caractères généraux, qui déterminent chacune de ces formes, il y a des différences qui tiennent au temps et à l'esprit de chaque peuple.
Il est donc utile, quand on parle de monarchie, de désigner exactement celle que l'on a en vue, et d'indiquer le peuple et l'époque. Le même mot s'applique à des choses si différentes!
Après le retour des Héraclides, Sparte eut deux rois qu'elle conserva jusqu'en 219.
La présence simultanée à la tête du gouvernement de deux rois se succédant en ligne directe, nppartenant à la même race, ne pouvant s'unir par des mariages, ayant un pouvoir égal, est un fait particulier à Sparte. On la caractérise par un mot qui n'a pas d'autre application : la dyarchie.
Rome eut deux consuls, Garthage deux suff'ètes, mais leur pouvoir se bornait à un an, et ils étaient élus.
« Deux rois n'étaient tolérables qu'à Lacédémone ; ils n'y formaient pas la constitution, dit Montesquieu (1), mais ils étaient une partie de la constitution. » Ce n'est pas seulement à Sparte que s'applique cette dernière observation. La tyrannie elle-même, telle que la comprenaient les anciens, ne « formait pas toute la constitution. » Elle s'y substituait, mais ne l'annihilait jamais complètement.
Aristote (2) appelle roi celui qui règne selon les
(1) Esprit des lois, livre II, ch. X.
(2) Politique, livre III et VIII.