‹ Institutions de SparteChapitre 160 sur 242 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

lois; monarque, celui qui n'écoute que sa volonté, mais n'abuse pas; tyran, celui qui fait un mauvais usage de son pouvoir.

Dans la Morale à Nicomaque (l), il dit que le roi gouverne pour l'utilité de ses sujets , le tyran pour la sienne. « On répute et on nomme tyran, dit Cornélius Népos (2), ceux qui usent d'un pouvoir perpétuel dans la cité qui a connu la liberté. » jp D'une manière générale, les Grecs appelaient tyran celui qui gouvernait sans lois, quelque usage qu'il fit de son pouvoir.

Le caractère royal est, de sa nature, indivisible. « Qu'un seul commande, » a dit Homère (3). Une autorité partagée provoque des divergences et des conflits. Le peuple, pour qui elle est instituée, en souffre, car :

Des fautes de leurs rois, les Grecs sont les victimes (4).

A Sparte, les conditions faites à la royauté rendaient ce partage non seulement possible, mais encore favorable à l'état général de la cité. Un roi unique ne se serait pas contenté de la situation faite par la tradition ou par la législation de Lycurgue. Il eût dû la rompre à son profit, ou disparaître comme dans les autres villes grecques.

Les deux fils jumeaux d'Aristodémos, Eurysthénès et Proclès, descendants d'Hercule, furent la tige des

(1) vm, 10.

(2) Miltiade, 8.

(3) Iliade, cU. II.

(4) Quidquid délirant reges plectuntur Âchivi. (Horace, Ep. 1, 1.)

deux familles royales de Sparte : les Agides et les Eurypontides.

Le caractère de cette autorité divisée est si différent de celui de la monarchie véritable, qu'Aristote dit : (( Sous Charilaos, la monarchie fit place à Taristocratie (1). »

C'est sous Charilaos qu'eut lieu la réforme de Lycurgue.

La royauté fut dès lors telle que ladéfinit Aristote : «La royauté, dans le gouvernement de Sparte, dit-il, paraît être celle qui est la plus légale; mais elle n'est pas maîtresse absolue. Le roi dispose souverainement de deux choses seulement : des affaires militaires qu'il dirige quand il est hors du territoire national et des affaires religieuses.

» La royauté, ainsi comprise, n'est vraiment qu'un généralat inamovible, investi des pouvoirs suprêmes. Elle n'a point droit de vie et de mort, si ce n'est dans un seul cas, réservé aussi chez les anciens : dans les expéditions militaires, dans la chaleur du combat (2). » C'est ainsi que la voulaient les Lacédémoniens. « Ce n'étaient pas des rois que les prétendus princes de Sparte ; c'étaient des magistrats subordonnés, ditLinguet (3), des généraux d'armée, qui déposaient presque tout leur pouvoir, en rentrant dans la ville. Les vrais souverains étaient les éphores, puisque la royauté elle-même fléchissait sous eux. »

2. Ce qui faisait la force des rois et maintenait une institution que les efforts du Sénat, du peuple et des

(1) Politique, VIII, 2, 3.

(2) Politique, III, 9, 2.

(3) Discours préliminaire de la théorie des lois civiles.

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