‹ Institutions de SparteChapitre 162 sur 242 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

n'était que lieutenant, mais avec toute l'autorité (1).

Il ne s'inclinait pas devant Agésilas et avait raison de ses prétentions et même de ses droits.

Agésilas se montrait respectueux pour la loi. Les magistrats de Sparte lui ayant donné l'ordre de prendre le commandement de la flotte, il refusa (2). Cela ne rentrait pas dans ses attributions.

Les rois conservaient leur commandement pendant toute leur vie. Tant qu'ils n'avaient pas franchi les frontières de la Laconie, ils avaient auprès d'eux, comme conseils ou surveillants, deux éphores. Mais cette tutelle gênante et souvent dangereuse cessait lorsque l'armée était plus éloignée. Le bon sens Spartiate avait compris que la liberté publique n'avait rien à craindre de ceux qui combattaient à une grande distance de la ville, et que le succès de la guerre dépendait de l'unité dans la direction des opérations.

Cependant, en 417, lorsque le roi Agis échoua en Argolide, et qu'on voulait le bannir, après avoir rasé sa maison, il fut stipulé que désormais dix Spartiates formeraient le conseil de guerre du roi. Ce nombre fut même porté à trente.

C'est le nombre que demanda le roi Agis quand il partit pour faire la guerre en Asie (3). Il partageait ainsi la responsabilité de cette expédition aventureuse.

C'était une surveillance, sans doute, mais du moins, une surveillance compétente. Tout Spartiate étant soldat, on n'avait pas à craindre le contact,

(1) Voir PLUTARQUE/Ly^anc^re, 8.

(2) V. Plutar^ue, ^^^mto/II.

(3) Plxjtarque, Agis, 5. . , - . .

et, par suite, rantagonisme de deux éléments inévitablement rivaux. Le pouvoir de ces commissaires n'était pas illimité. Ils agissaient plutôt comme conseil que comme autorité, et pouvaient être fréquemment utiles.

L'équilibre manqua souvent cependant entre ces deux pouvoirs. Les éphores prétendirent diriger la guerre, même quand ils ne quittaient pas Sparte. La France a éprouvé trop souvent les dangers de ce commandement à distance.

Lorsque Cléomène, roi de Sparte, prétendant reprendre son pouvoir, est a campé en Arcadie avec un corps peu nombreux de cavalerie et trois cents fantassins, » il est rappelé par les éphores qui craignaient la guerre. Il était à peine éloigné, qu'il recevait un ordre contraire (1). Que devenaient les rois dès qu'ils étaient soumis à de pareils ordres?

3. L'autorité des rois, comme généraux, ne fut jamais sérieusement atteinte dans les premiers temps. La fidèle conservation des usages anciens était pour eux une garantie suffisante. Dans la décadence, elle succomba sous les prétentions violentes des éphores.

« Quand leurs troupes étaient sous les armes, en présence de l'ennemi, le roi, après avoir sacrifié une chèvre, ordonnait à tous les èoldats de mettre des couronnes sur leur tête, et aux musiciens, de jouer sur la flûte l'air de Castor. Lui-même entonnait le chant qui était le signal de la charge. C'était un spectacle aussi majestueux que terrible de les voir marcher en cadence, au son de la flûte, sans jamais (1) V. Plutarque, Agis et Cléomène, 27.

Page 1