‹ Institutions de SparteChapitre 164 sur 242 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

leurs rois comme des hommes, que comme des demidieux (1). D

A Farmée, le roi et sa maison reçoivent leur nourriture de TEtat. Les polémarques Taident de leurs conseils, et trois Egaux lui procurent ce qui lui est nécessaire. Après un sacrifice à Zeus Agétos, «si les signes sont favorables, le pyrophore, prêtre d'Arès, prenant le feu de l'autel, marche en tête de Tarmée, jusqu'aux frontières du pays. Là, le roi offre un nouveau sacrifice à Zeus et à Athéna. Si ces deux divinités donnent d'heureux présages, il franchit les frontières du pays ; le feu ravi aux autels est porté en avant ; on ne le laisse jamais éteindre, et on le fait suivre de toute sorte dé victimes (2).

Hérodote dit (3) que Sparte ne connut pas le régime monarchique. Elle ne pouvait rien avoir qui ressemblât aux autres peuples. Les précautions prises contre des rois que Ton honorait pourtant comme descendants d'Hercule, prouvent que ce qu'on leur reconnaissait le moins, c'était le pouvoir.

Lorsque, dans le sacrifice mensuel, les rois avaient prêté le serment de ne rien faire qui ne fût conforme aux lois, personne n'avait à redouter une ambition que contenaient à la fois un engagement sucré et de minutieuses précautions.

Aussi, depuis Lycurgue et les deux rois Théopompos et Polydoros (720), sous qui fut créé ou augmenté le pouvoir des éphores, jusqu'à Agis HI et Cléomène (2i0 et 220), peu de rois firent une

(1) Ch. xm.

(2) Ch. XIV.

(3) Voir 92.

tentative sérieuse pour augmenter leur autorité.

La réforme d'Agis et la révolution de Cléomène ne peuvent pas même, malgré une ambition que rtiistoire ne méconnaît pas, être exclusivement attribuées à des vues personnelles.

Leurintérêt était engagé, sansdoute, et il cherchait sa satisfaction, mais il y avait aussi celui de l'Etat, et le patriotisme pouvait encore inspirer de grands dévouements. Après ce suprême effort, Sparte subit une autre forme de gouvernement, qui lui fit connaître la servitude et le déshonneur. N'est-ce pas assez pour justifier, ou du moins pour excuser les deux réformateurs ?

Les rois avaient le privilège de faire des sacrifices à Zeus lacédémonien et à Zeus céleste. Quand un citoyen offrait un sacrifice, au nom de la nation, les rois avaient la première place au banquet. Les Lacédémoniens qui mettaient des bornes à leur pouvoir, n'en mettaient pas aux honneursqu'ilsleurrendaient.

A la nouvelle lune, et au septième jour de chaque mois, l'Etat fournissait à chacun des deux rois, une victime qui devait être immolée dans le temple d'Apollon.

Ces manifestations et la multiplicité des temples sont la seule preuve de l'importance attachée au culte public à Sparte.

Cependant, Xénophon met la religion au premier rang des causes qui ont fait la grandeur de Sparte. « Quand on voit, dit-il (1), les hommes respecter les dieux, s'exercer à la guerre et ne songer qu'à obéir aux chefs, comment ne pas concevoir le plus grand

(1) Agêsilas.

Page 1