CHAPITRÉ VII
voyant qu'il y avait encore dans votre gouvernement je ne sais quelle inflammation, tempera l'autorité trop absolue, que la naissance donne aux rois, en la communiquant, en partie, à vingt-huit vieillards d'une sagesse consommée, dout le pouvoir, dans les matières les plus importantes, contrebalançait celui des rois. Enfin, un troisième sauveur de l'Etat (1), jugeant qu'il restait encore dans le génie du gouvernement je ne sais quoi de fougueux et de bouillant, lui donna un frein dans l'établissement des éphores, qu'il revêtit d'une autorité presque égale à celle des Tois.
Ainsi, la royauté, réduite à de justes bornes et sagement tempérée, se conserva et sauva l'État avec elle (2). »
On avait pour leur corps des soins particuliers. « C'est la coutume de Sparte, dit Plutarque (3), que les simples citoyens qui meurent dans une terre étrangère soient enterrés dans le lieu même où ils sont morts; mais les corps de leurs rois sont rapportés à Lacédémone. »
C'est que les rois étaient de la race d'Hercule, et les précautions que Ton prenait (4) pour s'assurer que ce sang héroïque n'était pas mêlé, prouvent l'importance que les Lacédémoniens attachaient à cette descendance. Ils ne pouvaient épouser une étrangère (5). Un sentiment d'orgueil religieux se
(1) Théopompos, (%) Platon, Lois,
(3) Agésilas, 47.
(4) V. Platon, premier Alcihiade,
(5) Plutarque,
joignait à la répulsion pour toute alliance avec un autre peuple.
Agésilas , petit et boiteux, fut difficilement accepté. Il avait heureusement subi l'éducation lacédémonienne, et ce fut un titre exceptionnel pour lui. a Destiné à vivre en simple particulier, il fut élevé dans la discipline de Lacédémone, dont les institutions dures et laborieuses apprennent l'obéissance aux enfants.... La loi dispense de cette nécessité les enfants destinés au trône (1).
Ce privilège venait-il de ce que Ton croyait inutile de soumettre à une rude discipline les descendants d'Hercule? N'aurait-il pas eu pour but dejes rendre personnellement inférieurs aux autres citoyens?
On les voulait cependant beaux et forts. « Les Lacédémoniens, selon Théophraste, avaient condamné à l'amende le roi Archidamos, parce qu'il avait épousé une femme de petite taille. Elle nous donnera, disaientils, des roitelets et non des rois (2). »
Aristote croit que l'organisation de la royauté à Lacédémone ne « vaut pas l'élection à vie de chacun des deux rois. » Il ajoute : « Le législateur lui-même a désespéré de leur vertu, et ses lois prouvent qu'il se défiait de leur probité. Aussi, les Lacédémoniens les ont fait souvent accompagner dans les expéditions militaires par des ennemis personnels, et la discorde des deux rois leur semble la sauvegarde de l'État (3). »
Les rois faisaient partie du sénat, où ils repré-
(1) Plutarque, Agésilas, I.
(2) Plutarque, Agésilas, I.
(3) Politique, II, 6, 20.