‹ Institutions de SparteChapitre 17 sur 242 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et la plus fertile, est la vallée de TEurotas. Ce fleuve au beau cours (1), comme l'indique son nom, n*est qu'un torrent, quand il se précipite dans les passages étroits et abruptes du Taygète. « Une vallée tortueuse s'ouvrit devant nous, écrit Chateaubriand (2), qui avait passé TEurotas sans le connaître; elle circulait autour de plusieurs monticules de figure à peu près semblable, et qui avaient Tair de monts artificiels ou de tumulus. » C'était là tout ce qui restait de la ville de Lycurgue. Le fleuve et les ruines avaient perdu leur nom. Et le poète enthousiaste qui fut si fier de les découvrir, et si heureux de l'annoncer aux admirateurs de la Grèce, les chercha longtemps en vain.

Au-dessous de Sparte , le fleuve traversait de vastes plaines, qu'il paraissait abandonner à regret, après les avoir fécondées , et, comme tous les fleuves trop rapides dans leur cours, il devenait paresseux à son embouchure, et se perdait dans des marais.

Homère parle de (( la vallée profonde où s"'élève la grande Lacédémone (3), » qu'il appelle ailleurs a la creuse Lacédémone, » où Ménélas réunit d'immenses trésors, après les cou-rses aventureuses qui suivirent la prise de Troie. Il loue les beaux coursiers qu'elle nourrit, et que le roi, plein de reconnaissance pour Ulysse, offre à son fils Télémaque. Sa réception, ainsi que celle d'Hélène, est pleine de grâce et de magnificence.

Rien de tout ce que rapporte Homère ne permet

(1) E'jpojTaç, qui coule bien.

(2) Itinéraire de Paris à Jérusalem , I, 62.

(3) Odyssée y chant IV.

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de prévoir Tauslère réforme de Lycurgue. Télémaque, comparant « la riante Sparte » à l'âpre Ithaque , répond à la courtoisie généreuse de Ménélas, qu'Homère semble prendre plaisir à représenter avec des mœurs plus douces que celles des autres chefs : (( Les présents que tu me destines, seront pour moi des trésors; toutefois je ne conduirai point de coursiers dans Ithaque. Je les laisserai se complaire en tes vastes plaines, où le lotos et le souchet marécageux croissent en abondance, où foisonnent le froment, l'épeautre et l'orge (1). » Il faut pourtant remarquer qu'Homère donne à Ménélas la simple et nette concision qui devait plus tard caractériser le langage de la tribu Dorienne établie à Sparte.

Euripide a décrit la Laconie, avec une énergique précision : « Beaucoup de terre labourable, mais difficile à la culture; un pays creux, enveloppé de montagnes, tout escarpé, inaccessible aux ennemis. »

A. H. C. Heeren (2) parle ainsi de la Laconie : « Vers le midi, était le pays des héros Lacédémoniens, d'un aspect austère et montagneux, mais néanmoins si bien peuplé, qu'il a eu jadis environ cent villes ou villages (3). 11 était arrosé par l'Eurotas, la plus pure et la plus lim^pide de toutes les rivières de la Grèce ; elle venait de l'Arcadie et recevait plusieurs ruisseaux. Sparte était située sur

"(1) Odyssée, ch. IV.

(2) De la politique et du commerce des peuples de l'antiquité, tome VII, section IV, chapitre I, p. 21.

(3) Sparte, I, 2, 15. Une note du traducteur de l'ouvrage allemand dit que Manso donne le nom de soixante-sept de ces petits centres de population.

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