CHAPITRE VII
devait étonner et soumettre l'audace d'Alexandre, tout ce qu'il y avait en elles de valeur personnelle, d'initiative, d'organisation et de ressources.
La cause pour laquelle elles faisaient tant de prodiges et versaient tant de sang, n'était pas une cause nationale, mais les cités de la Grèce étaient déjà possédées de cet esprit de vertige qui tarit en elles les sources de la vie, et les livra bientôt à la domination étrangère.
Sparte avait eu des rois que la cupidité, plutôt quel'ambition des conquêtes, fit aventuriers. Comment avec cette soif ardente de Tor, qui la travailla constamment, sous son apparente austérité, ne se serait-elle pas jetée dans des expéditions où la solde et le pillage devaient donner cette richesse si désirée?
La guerre avait été, sous des rois fidèles à la tradition, le moyen de garder ses frontières, de garantir l'autonomie et d'étendre l'empire. Sous des généraux ambitieux et cupides, elle devint un métier. ^
Ils rencontraient, sur le sol même de la Grèce, des ennemis dignes d'eux. On sait combien furent acharnées les trois guerres de Messénie. Dans la première, Pausanias, concis jusqu'à la sécheresse, peint en ces termes les deux adversaires (1) :
c( Ce qu'ils avaient de commun, c'était de recevoir le coup mortel, sans s'abaisser jamais aux prières, aux promesses, pour obtenir la vie; soit que les combattants n'espérassent point toucher des ennemis dont ils connaissaient toute la haine, soit plutôt qu'ils ne daignassent point le tenter.
Les deux autres présentent le même spectacle.
(1) Messénie, YUI.
6. Pour bien comprendre l'art de la guerre, ces détails ne suffisent pas. Il faut voir à l'œuvre un général lacédémonien. Nul ne fut plus habile qu'Agésilas, et nul n'a trouvé un historien plus compétent que Xénophon.
Voici comment il raconte la bataille de Coronée gagnée en 394, par Agésilas et les Lacédémoniens (1) :
<( Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines voisines de Coronée, celle d' Agésilas venant du Céphise, et celle des Thébains de l'Hélicon. On voyait les phalanges parfaitement égales de part et d'autre, et la cavalerie à peu près aussi nombreuse. Agésilas commandait l'aile droite, les Orchoméniens étaient placés à l'extrémité de son aile gauche. De leur côté, les Thébains étaient à la droite, et à la gauche, les Argiens. Les deux armées s'ébranlent dans le plus grand silence; mais arrivées à la distance d'un stade (2), les Thébains jettent un cri et s'élancent tous en avant. Il restait encore un intervalle de trois plèthres (3), lorsque la phalange mercenaire d'Agésilas, commandée par Herripidas, se détache et s'élance au pas de course. Ce corps se composait de nationaux, d'un débris de l'armée de Cyrus, d'Ioniens, d'Eoliens, et d'Hellespontins. Or, ce détachement, arrivé à une portée de pique, met en déroute ceux qui lui font face. Cependant, les Argiens ne tenant pas contre les soldats d' Agésilas, s'enfuirent vers l'Hélicon. En ce moment, quelques soldats étrangers
(1) Xénophon, Agésilas, 2.
(^) Distance de 184"^ 955.
(3) Le plèthre équivaut a SI"» environ.