CHAPITRE VII
couronnaient déjà Agésilas, quand on lui annonce que les Thébains ont rompu les Orchoméniens jusqu'aux skénophores : Par une brusque évolution, il déploie sa phalange, court sur eux, et, les Thébains voyant que leurs alliés se sont enfuis vers rHélicon doublent le pas pour les rejoindre.
C'est alors qu' Agésilas montra, sans contredit, une grande valeur. Cependant, le parti qu'il prit était des plus dangereux. Il pouvait laisser passer Fennemi qui battait en retraite, puis tomber sur ses derrières et faire main-basse ; mais il n'en fit rien, et rompit en visière avec les Thébains. Les boucliers s'entrechoquent; on se bat, on tue, on meurt : Pas de qris, ni pourtant de silence, mais ce murmure que produisent la colère et la mêlée.
A la fin, une partie des Thébains s'échappe vers l'Hélicon; un grand nombre périt dans la déroute. Après que la victoire est assurée à Agésilas, et qu'on l'a rapporté, blessé lui-même, à sa phalange, quelques cavaliers accourent pour lui dire que quatrevingts des ennemis sont dans le temple avec leurs armes, et demander ce qu'il faut faire. Et lui, couvert de blessures qu'il a reçues de toutes armes, mais n'oubliant pas ce qu'il doit à la sainteté du lieu, il ordonne de les laisser aller où ils voudront; et, loin de permettre qu'on leur fasse aucun mal, il les fait escorter par des cavaliers de sa garde, et conduire en lieu sûr.
Le combat fini, on put voir où la mêlée avait eu lieu, la terre rouge de sang, les cadavres gisant pêlemêle, amis et ennemis, des boucliers percés, des piques brisées, des épées nues, les unes à terre,
d'autres dans les corps, d'autres restées aux mains des combattants.
Comme il était déjà tard, les soldats d'Agésilas, après avoir seulement séparé de la phalange les morts des ennemis, prennent un léger repas et se livrent au sommeil.
Ce que Xénophon a vu et si admirablement raconté, nous le voyons. Nous assistons à la bataille, nous en suivons les phases, nous en ressentons l'émotion. La tactique des Lacédémoniens, leur organisation, leur courage tranquille, nous apparaissent sous le jour le plus éclatant.
7. Il pouvait cependant y avoir des lâches parmi ces hommes, formés par une discipline si vigoureuse. A Leuctres, où périrent bravement mille Spartiates, il y en eut qui prirent la fuite. Agésilas ne voulut pas qu'il fussent punis, « laissant dormir la loi ce jour-là, pour lui rendre le lendemain, son autorité. »
On ne montrait pas , ordinairement , une si grande indulgence.
Plutarque dit à ce sujet (1) : « Les fuyards sont, non seulement exclus de tous les emplois, mais on ne peut, sans se déshonorer, leur donner ou en recevoir une fille en mariage. Tout homme qui les rencontre, a le droit de les frapper, et ils sont obligés de le souffrir. Ils vont dans les rues la tête baissée, vêtus de méchantes robes, raccommodées avec des lambeaux de couleur différente. Ils ne rasent que la moitié de leur barbe, laissant croître l'autre. »
Cette punition était certainement rare. L'opinion prévenait, pour que la loi n'eut pas à punir. ^ (1) Agésilas j 35.