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CHAPITRE VII

Strabon (1) dit que la maison du lâche était déshonorée. Des mères Spartiates poignardèrent ellesmêmes leurs enfants pour échapper à la honte de les voir vivre.

Après la victoire, on sacrifiait un coq au dieu de la guerre. On lui offrait un bœuf si, grâce à un stratagème, le sang lacédémonien n'avait pas coulé.

On ensevelissait les morts où ils étaient tombés. Les archagètes, seuls, étaient embaumés dans du miel, et ramenés dans leur patrie (!2j. »

La loi accordait les , honneurs de Tépitaphe contenant le nom, l'origine, les exploits du défunt, aux guerriers tombés sur le champ de bataille : elle les assimilait aux femmes mortes en couches (3).

On prononçait leur oraison funèbre. « Les guerriers les plus illustres étaient ensevelis dans leur vêtement rouge, et leurs armes placées sur leur tombeau (4^).

Les femmes Spartiates relevaient leurs fils et comptaient leurs blessures. S'ils avaient été frappés par derrière, elles déposaient le cadavre sur le bûcher commun. S'ils étaient frappés par devant, elles les emportaient, et leur donnaient place au tombeau des ancêtres (5).

8. On était soldat jusqu'à soixante ans. Après trente ans, on ne pouvait plus être employé dans les guerres étrangères. Pour chaque expédition, il y avait un tirage au sort. Quoique tout Spartiate fût

^ (i) Géographie, livre XII.

mk (2) Plutarque , Agésilas.

^ (3), PlutarquEj Lycurgue.

B (4) Elien, Hist, var., VI, 6.

^ (5) Elien, Hist, var,, Xn, 4.

soldat, il n'y avait point d'armée permanente. Chaque famille fournissait un certain nombre d'hommes.

Le soldat s'entretenait à ses frais et portait ses provisions. La guerre en pays étranger suffisait aux besoins de chaque jour, si elle n'enrichissait pas. Ce n'est que fort tard qu'on recourut à la solde. Athènes en avait donné l'exemple, etPériclès, habile en moyens de popularité, s'assura ainsi des dévouements durables.

Les armes défensives étaient : le casque d'airain, de fer ou de peaux de bêtes; Pline (1) en attribue l'invention aux Lacédémoniens ; le bouclier d'osier ou de bois, revêtu de cuir ou de plaques d'airain. Le corps était protégé par une casaque de feutre assez flexible pour se prêter aux mouvements, assez résistante pour supporter quelques coups.

La principale arme défensive était la lance ou pique, en bois, surmontée d'un fer aigu. Les Lacédémoniens mettaient leur confiance dans cette arme, qu'il était honteux d'abandonner (2). On demandait un jour à Agésilas où étaient les frontières de la Laconie? — A l'extrémité de nos lances, répondit-il.

La lance des Macédoniens avait de quatorze à seize coudées. Celle des Spartiates paraît avoir été aussi longue et aussi redoutable. On comprend quelle force exigeait le maniement d'une arme aussi pesante.

Ils avaient aussi le glaive, le javelot et 1 arc. Ils dédaignaient la fronde qui ne frappe que de loin.

Une loi de Lycurgue ordonnait le vêtement rouge, parce qu'il est plus éclatant, et peut inspirer la

(1) vm, 5, 6.

(2) XÉNOPHON, République de Sparte.

terreur, que la couleur est plus solide, et qu'il ne laisse pas voir le sang.

Avant de combattre, le soldat mettait sur sa tête des couronnes et des guirlandes (1). Il allait au combat comme à une fête, et la flûte animait son courage.

Jusqu'à la guerre de Messénie, Sparte n'eut pas de cavalerie. Un certain nombre de citoyens s'entretinrent eux-mêmes et leurs chevaux. La cavalerie lacédémonienne ne fut jamais ni nombreuse, ni redoutable.

Sparte ne fit pas de progrès dans l'art militaire. Une première cause fut l'attachement aux anciens usages, qui rend tout immobile à Sparte ; une seconde, la jalousie, à l'égard des rois-généraux et des amiraux. Les premiers étaient toujours suspects d'ambition; et on sait avec quel soin ils étaient surveillés. Les seconds ne pouvaient exercer qu'une fois le commandement suprême; et l'expérience acquise, l'ascendant exercé se trouvaient sans emploi.

Sparte ne comptait pas uniquement sur sa valeur. Elle savait le pouvoir de l'or et des promesses. Elle y avait recours.

(( Les Lacédémoniens, dit Pausanias (2) sont, à ma connaissance, les premiers qui aient fait des présents à leurs ennemis, et qui aient acheté à prix d'argent les succès militaires. Avant qu'ils eussent ainsi violé les lois dans la guerre de Messénie , et avant la trahison d'Aristocratès l'arcadien, la valeur des combattants et la volonté des dieux décidaient seuls du succès des batailles. »

(1) Plutarque, Lycurgue^

(2) Messénie, chapitre XVII. '

La victoire d'^Egos-Potamos, qui leur donna l'hégémonie de la Grèce, fut ainsi préparée et aidée par la trahison.

La trahison, dans ces luttes intestines, où la Grèce 'se déchirait elle-même, était facile. On changeait si souvent d'alliés, que nulle alliance ne pouvait être sûre. Dans les guerres contre TAsie, aptèsle sublime effort fait par la Grèce pour défendre sa liberté, l'or devint le principal agent de la politique et des batailles. Faut-il s'étonner qu'il ait conclu et ruiné des alliances, déterminé la paix ou la guerre, assuré, la fidélité, ou préparé et déterminé la trahison? Quand le sentiment du devoir est émoussé, quand la foi est éteinte dans les âmes, quand la patrie est devenue un vain mot, pourquoi peut-il y avôir place, si non pour l'intérêt?

Le Spartiate n'était pas marin. Lorsqu'il dût avoir des vaisseaux de guerre, il se servit des progrès "accomplis ailleurs, et imita particulièrement Athènes. Les périèques et les hilotes montèrent presque exclusivement les flottes.

Suite des rois.

1. Une histoire où la légende occupe une si large place, ne peut offrir ni dans/le^ hommes, ni dans les événements une suite ininterrompue.

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