‹ Institutions de SparteChapitre 188 sur 242 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

reçue comme nn prix d'honneur, et qu'il la lui donnait de même. Les autres femmes la reconduisaient chez elle, en lui prodiguant les marques d'estime données à son parent. »

Ce récit nous fait assister à une des scènes les plus caractéristiques de la vie publique de Sparte. On y retrouve à la fois la simplicité des mœurs de cette ville, où tout était réglé, et la preuve de l'importance attachée à la dignité de sénateur.

Cette dignité était elle-même estimée en raison de la part qu'elle donnait dans la direction des affaires.

Démosthène (1) dit qu'il fallait, pour parvenir au sénat, s'être fait remarquer dès sa jeunesse, par une prudence consommée et des vertus éminentes. Aussi, appelle-t-il les sénateurs « les seigneurs et maîtres de la république. »

L'épreuve de Télection était appelée : « la conquête de la vertu (2). »

Aristote (3) dit que l'élection des sénateurs est puérile dans sa forme, et il ne s'explique pas davantage. Ce choix est-il fait dans les conditions exposées par Plutarque?

Ces formes existaient quand Aristote écrivait, et il jugeait inutile de les désigner autrement que par un mot. Il est heureux pour nous que Plutarque, qui vivait à une époque (4) où Sparte, tranquille sous la domination romaine, n'avait plus que de vagues

(1) Contre Leptine.

(2) Plutarque.

(3) Politique, II, 6, 18.

(4) De 50 à 140 ap. J.-G.

souvenirs OU une vaine image du passé, ait eu la patience curieuse de recueillir les documents qui étaient à sa portée. C'est un service dont l'histoire lui est reconnaissante, alors même qu'elle est en garde contre sa facilité à tout accepter.

Il est certain, d'après Aristote,qu'iln'yavaitpas de rapport entre le candidat au sénat et le peuple qui le choisissait. « On ne saurait, dit-il, approuver que le citoyen qui est digne d'être appelé à une fonction publique, vienne la solliciter en personne. Les magistratures doivent être confiées au mérite, qu'il les accepte ou les refuse.

Mais ici, le législateur s'est guidé sur le principe qui domine dans toute sa constitution. C'est en évitant l'ambition des citoyens, qu'il procède au choix des sénateurs ; car on ne sollicite jamais une magistrature que par ambition ; et cependant la plupart des crimes volontaires parmi les hommes n'ont d'autre source que l'ambition et la cupidité (1). »

2. Xénophon (2) fait sur l'âge des sénateurs, une réflexion qui montre la haute portée des prescriptions du législateur. (( Lycurgue, dit-il, voulut qu'on élût les sénateurs parmi les vieillards, pour qu'ils ne se négligeassent pas, même à la fin de leur vie, et, en les établissant juges du courage des jeunes gens, il a rendu la vieillesse de ceux-là plus honorable que la force de ceux-ci. »

Aristote en juge autrement : <( Laisser, dit-il, à des hommes, la décision de causes importantes durant leur vie entière, est une institution dont

(1) Politique, H, 6, 18, 19.

(2) République de Sparte, 10.

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