CHAPITRE VIII
Futilité est contestable ; car Fintelligence comme le corps, a sa vieillesse, et le danger est d'autant plus grand, que Féducation des sénateurs n*a point em péché le législateur lui-même de se défier de leurs vertus (1). »
Il en est de la constitution de Sparte comme d'un corps parfaitement organisé. On peut étudier séparément chacune des parties qui la composent, mais il est impossible de ne pas nommer les autres avec lesquelles elle a des relations nécessaires. Ces relations établissent Fharmonie, maintiennent Féquilibre et font à la fois la force et la fécondité du système gouvernemental.
Plularque dit à ce sujet ; « Le sénat que Lycurgue unit aux rois, dont Fautorité eût été sans cela trop grande, fut, selon Platon, la principale cause de la sagesse du gouvernement et du salut de FElat (2). Il avait flotté jusqu'alors dans une agitation continuelle, poussé tantôt par les rois vers la tyrannie, et tantôt par le peuple vers la démocratie.
Le sénat, placé entre ces deux forces opposées, fut comme un lest, et un contrepoids qui les maintînt 6n équilibre, et donna au gouvernement Fassiette la plus ferme et la plus assurée (3). »
Plutarque dit (4) que les rois avaient une haine héréditaire pour le sénat, qui avait été institué
(1) Politique, II, 6, 17.
(2) Platon qui, au 1er livre des Ioz>, loue Lycurgue, attaque vivement dans la République (ch. VII), ceux qui faisaient de lu ides panégyriques enthousiastes. On sait combien Xdi République de Platon diffère des Lois,
(3) Lyc, 7.
(4) Agésilas, 3.
comme frein à leur autorité. Il loue Agésilas de n'avoir pas obéi à ce sentiment.
(( Loin d'être en opposition avec les sénateurs, et de heurter de front toutes leurs volontés, il eut pour eux les plus grands égards, et n'entreprit rien sans leur en faire part. Le faisaient-ils appeler, il se rendait promptement auprès d'eux. Lors même que, sur son trône, il rendait la justice, il se levait devant un éphore qui entrait. Il envoyait, comme distinction accordée à son mérite, une robe et un bœuf à celui qui venait d'être nommé sénateur. »
Indépendamment de ce qui regarde les relations entre le roi et le sénat, ces détails ne sont-ils pas intéressants comme traits de mœurs?
Nous nous heurtons à d'insurmontables difficultés, quand nous voulons avoir des explications précises et complètes sur le jeu des institutions de Sparte. Ce sont des étrangers qui ont écrit son histoire, et ces étrangers vivaient souvent à une époque où ce dont ils parlaient avait disparu.
Voltaire (l) a fait cette observation : « >'ous n'avons point, dit-il, les règlements de police des Lacédémoniens ; nous n'en avons d'idée que par quelques lambeaux de Plutarque, qui vivait longtemps après Lycargue. ))
Ce n'est pas seulement pour la police que la lacune existe.
Nous n'avons pas, pour Sparte, la ressource que nous offre Athènes. Si Athènes parlait beaucoup , elle écrivait beaucoup aussi, et ses inscriptions, plus on moins longtemps ensevelies, reviennent à la lu-
(Ij Commentaire sur Montesquieu.