CHAPITRE II
l'ouest y régnent, tempérant ceux du midi, qui dominent dans la vallée de TEurotas. La terre donne plus et demande moins. Ce fut un bienfait redoutable que la Messénie paya de sa liberté. La Laconie ne pouvait pas voir sans envie, à portée de ses traits, sous sa main avide, un pays que sa fertilité rendait à la fois plus avantageux à conquérir et moins facile à défendre.
La Messénie ne demanda pas à l'industrie une seconde richesse; celle du sol lui suffisait. L'activité de son commerce n'en fut pas arrêtée, mais restreinte. Sparte pesa sur elle de bonne heure, et sous cette lourde domination, quel pouvait être l'élan des esprits, que pouvaient même espérer les intérêts?
« Arrosée d'innombrables rivières, elle est bonne aux bœufs et aux brebis; elle n'est ni glacée par les souffles des hivers, ni brûlée parle char du soleil (1). » La fortune de cette belle et riche contrée ne fut pas longtemps séparée de celle de son avide voisine. La Messénie continua à produire pour Sparte. Sparte continua à faire tout concourir au profit de son âpre ambition.
4. Le Péloponèse que rattachait au continent un isthme étroit et montagneux, était baigné par les golfes Saronique, Argolique, de Laconie, de Messénie, la mer Ionienne, la mer des Alcyons et le golfe de Corinthe. Il semblait destiné à jouer un grand rôle maritime, à cause de l'étendue de ses côtes et de la facilité qu'offrait à son commerce la proximité des îles et du continent.
Une seule de ces contrées était déshéritée de ces
(1) Euripide, fragment, 1, 15.
avantages, l'Arcadie. Cicéron l'avait remarqué (1). (( Le Pépolonèse, dit-il, est presque tout entier dans la mer, et, excepté les habitants de Phlionte, il n'en est pas dont la mer ne touche le territoire. »
La marine marchande et militaire du Péloponèse ne fat pas cependant en rapport avec le large développement de ses rivages. Seule, Corinthe eut une grande puissance maritime. Seule, elle acquit, par ses relations avec l'Europe, les côtes de l'Asie et les profondeurs de l'Euxin, une richesse qui put être enviée, mais non égalée. « Par son étendue, cet Etat était un des plus petits de la Grèce ; mais l'importance d'une ville commerciale ne dépend pas de la grandeur de son territoire. Venise était plus brillante et plus florissante qu'elle ne l'est aujourd'hui, lorsqu'elle ne possédait pas encore une lieue carrée sur le continent de l'Italie.
» La riche Corinthe, ayant plus de deux lieues de circuit, s'étendait au pied d'un mont très-haut et très escarpé, sur lequel sa forteresse était située. 11 n'y a pas une place en Grèce qui soit plus forte et qui nous offre une vue plus délicieuse que l'Acrocorinthe. A ses pieds, on voyait jadis la ville industrielle et son territoire avec ses temples, ses théâtres et ses aqueducs; ses deux ports, Léchœum à la baie orientale, Cenchrées à la baie occidentale, remplis de navires (2). »
Les autres villes qui figurent avec honneur dans le catalogue des vaisseaux de l'Iliade, ne deman-
(1) République , fragments, II, 2.
(2) A. H. L. Heeren, de la politique et du commerce des peuples de V antiquité , tome VII, p. 29.