CHAPITRE II
dèrent que fort lard, et d'une manière timide, à la marine, la richesse et la puissance.
Leurs côtes et leur caractère donnent l'explication de ce fait. Vers l'Orient, le rivage de la mer est généralement marécageux. Il pouvait suffire à de légères embarcations, mais n'offrait pas de refuge à de grands vaisseaux. Vers l'Occident, les terres étaient plus éloignées ; la mer Adriatique est fertile en naufrages, et les relations ne promettaient pas des avantages en proportion avec les hasards auxquels elles s'exposaient.
Les Doriens, dont le caractère avait plus de force que de souplesse, étaient plutôt soldats que marins. Ils ne quittaient qu'avec peine leur territoire, et n'aspiraient qu'à ce qui, de lui-même, s'offrait à eux. Ils n'avaient rien de l'esprit aventureux des Ioniens.
Les Lacédémoniens, façonnés pour la guerre, n'accordèrent longtemps qu'une attention secondaire à la marine. Leur ambition ne dépassa pas d'abord le Péloponèse, et elle eut pour but, non une extension de territoire, mais la direction politique des villes et des Etats soumis. « Ce qui fit subsister si longtemps Lacédémone , a dit Montesquieu (1) , c'est qu'après toutes ces guerres, elle resta toujours avec son territoire. Le seul but de Lacédémone était la liberté; le seul avantage de la liberté, c'était la gloire. ))
Abandonnant la culture aux esclaves, l'industrie et le commerce aux périèques, les Lacédémoniens ne purent donner à leur marine marchande qu'une extension restreinte, et, s'ils comprirent plus tard
(1) Esprit des lois , VIII, 16.
la nécessité d'avoir de grands vaisseaux pour contenir, combattre et repousser ceux des Athéniens, leurs éternels rivaux, ils ne les considérèrent jamais comme un élément essentiel de leur force, et en laissèrent aux périèques la charge et Thonneur.
Les populations du Péloponèse.
1 . Toute nation s'efforce de remonter le plus haut possible dans la chaîne des temps. Elle trouve, dans l'obscurité de son origine, la justification de son orgueil et un titre pour ses prétentions.
Toute ville du Péloponèse se rattache à un héros ou à un dieu. La grandeur de son origine lui semble une garantie de ses destinées. Puissante, elle rappelle avec orgueil son berceau : soumise, elle va y puiser des consolations et des espérances.
Sparte était en contact avec des villes antiques et d'une illustre origine. Supérieure par l'étendue du territoire sur lequel s'étendait sa domination, elle ne tarda pas à établir sa suprématie par son organisation militaire et la persévérance dans ses vues. Toutes les villes , dont
.... les noms heureux semblent nés pour les vers (1),
Corinthe, Sicyone, Phlionte, Elis, Pylos, Scillonte, Méthone, Amyclée, Gythium, Ârgos, Mycènes, Epidaure, Trézène, pouvaient, par leur position, leurs (1) BoiLEAU, art poétique , chant III.