CHAPITRE VIII
espèce de timidité avant les grandes résolutions. Cela devait être. Il n'est pas une de nos qualités qui ne confine à un défaut. C'est un prix que la nature met à ses dons. L'âge des sénateurs devait les éloigner de résolutions subites et irréfléchies, il pouvait leur faire perdre un temps précieux, et par conséquent, leur ravir des occasions dont une prompte décision leur aurait fait tirer parti. Mais, en définitive, n'y gagnaient-ils pas plus qu'ils n'y perdaient? Il en est des hommes prudents comme de la tortue de la fable : ils vont lentement, mais ils arrivent.
Il y a, sans doute, des témérités heureuses et qui sont des révélations du génie, mais par combien d'échec ne sont-elles pas tristement compensées !
La Grèce avait de mobiles et actives cités qui dédaignaient l'imperturbable lenteur de Sparte. Elles confondaient trop facilement la précipitation avec l'à propos. Combien de fois le hasard d'une élection tumultueuse , la violence d'une faction ou l'habile calcul d'un ambitieux n'ont-ils pas, chez elles, mis la passion à la place de la raison, et étouffé la liberté sous d'audacieuses tentatives I
Le sénat de Sparte trouvait dans sa composition, la plus constante garantie contre des entraînements irréfléchis, dans sa tradition, le sentiment de ses véritables intérêts, et dans sa compétence la certitude de services précieux à la patrie.
On songe involontairement au sénat Spartiate quand on lit cette sage recommandation de Socrate à Alcibiade : « Les États, pour être heureux, n'ont besoin ni de murailles, ni de trirèmes, ni de chantiers, ni d'une population nombreuse , ni de puissance sans
vertu... et si tu veux faire prospérer la république, il faut que tu donnes de la vertu à tes concitoyens (1).
Cette vertu avait son centre, elle devait avoir sa plus haute expression dans le sénat Spartiate, expérimenté, sans ambition et composé d'hommes arrivés à l'âge où le tumulte des passions n'étouffe pas la voix de la raison et de la vérité.
Les trente sénateurs se rattachaient aux trois tribus primitives qui gardaient le nom et les souvenirs des descendants d'Hercule : les Hylléens, les Dymanes, et les Pamphyliens, et formaient chacune dix divisions appelées Obés. Ce nombre est un argument en faveur de ceux qui n'acceptent pas le partage du peuple eu cinq tribus.
0. Mûller (2) et Boechk croient que ces tribus étaient divisées en trente obés, dix par tribu. Chaque obé renfermait dix triacades, chaque triacade dix familles. On arrive ainsi aux neuf mille lots des terres réservées à la conquête, et à la constitution de l'aristocratie Spartiate, riche en possessions et en privilèges, en présence des périèques plus nombreux mais moins bien partagés, et des hilotes égaux en nombre aux deux autres parties réunies de la population de la Laconie , mais privés de tous les avantages du citoyen.
L'obé était une division antique, qui se retrouve sous un autre nom, dans Athènes. Cette désignation figure dans une rhétra de Lycurgue, transmise par la tradition et écrite plus tard. On ne la croit pas authentique, mais c'est une trace de la tradition.
(1) Platon, le premier Akibiade,