‹ Institutions de SparteChapitre 196 sur 242 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

la puissance Lacédémonienne, une terreur profonde, a Les éphores sont chargés des affaires les plus importantes. On prend parmi eux l'éponyme, de même que chez les Athéniens, un des neuf archontes est éponyme (1). o Ce titre ne donne assurément aucun pouvoir, il prouve l'importance de la charge et le respect qui l'environne.

L'origine des éphores est fort controversée.

Voici comment Plutarque s'explique, après avoir montré avec quel soin Lycurgue avait tempéré le gouvernement (2). « Mais dans la suite, on reconnut que les trente sénateurs formaient une oligarchie absolue, dont le pouvoir démesuré menaçait la liberté publique. On lui donna pour frein, comme dit Platon, l'autorité des éphores, qui furent établis environ cent trente ans après Lycurgue. Le premier qui fut nommé par le roi Théopompe s'appelait Elatus. La femme de ce prince lui ayant reproché à cette occasion, qu'il laisserait à ses enfants la royauté moindre qu'il ne l'avait reçue : Au contraire, lui répondit-il, je la leur laisserai d'autant plus grande qu'elle sera plus durable. En effet, en lui ôtant ce qu'elle avait de trop, il la mit à l'abri de l'envie et des dangers qu'elle attire. »

Cléomène, dans le discours que lui prête Plutarque (3), attribue au même roi cette institution, mais pour un motif différent. « La guerre contre les Messéniens, dit-il, ayant, par sa durée, empêché les rois de rendre la justice, les rois Théopompos et

(1) Pausanias, Laconie, II.

(2) Lycurgue, 9.

(3) Cléomène, 33.

Polydoros choisirent pour les remplacer quelquesuns de leurs amis qu'ils nommèrent éphores. »

Il montre ensuite l'abus que les éphores avaient fait de leur autorité, s'élève contre cette usurpation violente et conclut à la nécessité d'une réforme. C'est ainsi que l'on parle quand on veut détruire. Mais les faits donnent raison au roi réformateur, et l'histoire peut tenir compte des motifs que, d'après Plutarque, il fit valoir.

L'éphorat n'aurait été qu'un démembrement de la royauté, comme la préture le fut à Rome du consulat. On ne sait si les rois se dessaisirent complètement de leur privilège de rendre la justice, s'ils le reprirent au retour de la guerre, ou s'ils n'en abandonnèrent qu'une partie à laquelle ils renoncèrent définitivement.

Quoi qu'il en soit, les éphores ne furent certainement pas, dans la suite, tels que les avait créés la royauté. On peut former une institution qui se développe dans des proportions non prévues, et qui trompe les espérances, mais on ne se dépouille pas volontairement. La nature humaine n'a pas de ces générosités ou de ces aveuglements.

Hérodote croit (1) que les éphores ont été institués par Lycurgue, mais avec des attributions différentes de celles que l'histoire leur reconnait.

Il y eut certainement à Sparte, avant Lycurgue, des magistrats chargés du maintien de l'ordre. Le nom d'éphore semble indiquer spécialement ces fonctions qui consistent dans l'inspection et la surveillance. L'histoire nous présente des charges qui

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