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CHAPITRE IX

ont eu une aussi humble origine, et qui sont arrivées à d'aussi hautes destinées.

Xénophon fait aussi remonter l'institution à Lycurgue, et donne pour raison de leur immense pouvoir la nécessité de l'obéissance dans la cité. « Les éphores, dit-il, ont le droit de frapper d'amende qui bon leur semble, et d'en exiger le solde sur le champ ; ils sont libres d'interdire les magistrats en fonctions, d'emprisonner, d'intenter un procès criminel. Avec un tel pouvoir, ils ne laissent pas, comme dans les autres villes, les magistrats élus user arbitrairement de leur pouvoir, pendant toute une année (1).

Schœmann pense (2) qu'ils avaient la charge de rendre la justice.

Ils ne restèrent pas longtemps confinés dans ces fonctions. La courte durée de leur magistrature, qui les retenait dans la ville, excita leur ambition. Il fallait laisser après soi des souvenirs et des regrets. Le moyen le plus sûr était de ne pas se borner à rendre la justice. Ceux qui remplissent avec honneur ce ministère délicat peuvent inspirer l'estime, ils ne provoquent pas d'ardents dévouements, ceux qu'ils condamnent leur pardonnant difficilement, et la partie honnête de la population leur sachant médiocrement gré des services rendus.

Les progrès furent probablement successifs, et par là même durables. Le premier pas fait dans la voie de l'usurpation, conduit loin, et le mouvement donné, on ne s'arrête pas.

(1) République de Sparte, 8.

(2) Antiquitates iuris publiez Grœcorum, VI, 12.

Lamartine a dit (1) en parlant de l'académie : (( Ce qui arrive, toutes les fois que Ton crée, c'est que Ton croit créer un instrument, et que Ton crée un obstacle, »

Ce n'est pas un obstacle que la royauté plaça devant elle à Sparte, c'est un pouvoir rival, actif, confiant en lui-même, et d'autant plus ambitieux, que son origine était antique, et qu'il devait trouver un appui dans un peuple qui ne voyait pas sans peine l'inamovibilité dans la royauté et dans le sénat.

2. Pour ce peuple, le roi, quelque restreinte que fut son autorité, était le maître, et le maître même pour la discipline Spartiate, c'était un ennemi. (2)

Quant au sénat, sa sage lenteur devait souvent lui faire tort.

On comprend donc l'accroissement du pouvoir des éphores, quand on se rend compte de leur situation intermédiaire et de la tentation continuelle que l'attrait du pouvoir exerce sur tous ceux qui en détiennent même la plus minime partie.

S'il n'est pas possible de marquer exactement toutes les phases de ce pouvoir, on peut du moins, en signaler quelques-unes.

Il est certain que les éphores furent d'abord nommés par les rois, et c'est lorsqu'ils se rendent indépendants, sans être encore redoutables, qu'ils demandent à la nomination populaire des droits nouveaux.

On peut faire remonter ce changement à la deuxième guerre de Messénie. Un empiétement plus marqué se

(1) Entretiens de tittérature, Î56.

(2) Notre ennemi c'est notre maître, a dit Lafontaine. (L'Ane et son maître.

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