Mais cette connaissance, où la puisonsnous
Nous l'avons d'abord trouvée dans des histoires élémentaires qui réunissent les faits et les racontent sans en montrer la cause, et sans en signaler l'enchaînement. Le récit y est bref, l'appréciation restreinte et l'horizon borné. Sparte est sacrifiée, parce qu'elle n'a pas eu d'historien national. Ce que nous en savons résulte de renseignements épars, d'une époque souvent fort éloignée des faits, et son sol avidement fouillé ne nous a livré que de rares et peu importantes inscriptions.
Ecrits pour des intelligences qui n'ont pas encore acquis leur plein développement, destinés à intéresser par une narration vivante et animée, ces livres ne peuvent donner satisfaction aux exigences légitimes de ceux qui recherchent la raison des événements, et
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sont plus curieux d'un détail de mœurs, que d'un incident de combat.
On ne les lit plus , d'ailleurs, on ne les consulte même pas, lorsqu'on est sorti des classes. On croit trop facilement qu'on n'y apprendrait rien, et un peu d'amour-propre vient en aide à beaucoup d'ignorance.
D'autres livres, d'une plus grande étendue, résumant de longs travaux et de patientes recherches, sont consacrés à l'histoire générale des diverses cités de la Grèce. Chacune y a sa part et y occupe sa place. Les auteurs disent tout ce qui est essentiel et ne négligent rien de ce qu'ils ont appris. Ils profitent de toutes les découvertes, exposent les divers systèmes, justifient leurs préférences et tracent un vaste tableau dans lequel rien n'est oublié, et où l'attention est simultanément sollicitée par des faits dignes de l'attirer et de la retenir.
Mais la physionomie des diverses cités ne se dégage pas avec assez de netteté, la foule fait la confusion, et l'histoire générale nuit à la monographie.
Ces livres sont d'ailleurs si considérables qu'ils ne s'adressent qu'au petit nombre, et ne peuvent être abordés que par lui. Les autres les regardent peut-être avec respect, mais n'ont pas même la tentation de les ouvrir. Les longs ouvrages font peur.
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Il y a d'autres livres d'une grande valeur scientifique qui sont consacrés à l'étude de l'antiquité grecque. Sparte a eu sa part dans ces recherches de l'érudition , et il y a dans son histoire assez de points singuliers, assez d'aspects indécis, assez de magistratures ou d'institutions controversées, pour qu'on ait essayé utilement dans de nombreuses pages, de faire sur tous ces sujets un peu de lumière.
Mais ces travaux ne révèlent pas Sparte. Ils élucident avec beaucoup de science, avec autorité, et souvent d'une manière définitive, une question que l'auteur a trouvée d'autant plus intéressante qu'elle lui a coûté plus d'efforts. C'est un côté, souvent secondaire , assurément intéressant, mais ce n'est qu'un côté de l'histoire. Il faudrait lire beaucoup de travaux de cette nature, pour soupçonner la vraie physionomie de Sparte. Et en supposant qu'on parvint à les réunir en assez grand nombre pour que la vérité totale se dégageât, il y aurait encore à les coordonner pour constituer un tout harmonique.
Les livres d'érudition pure ont deux caractères qui éloignent même les esprits cultivés. Ils se présentent avec une apparence de sévère austérité qui ne promet rien d'agréable. Les citations y sont multipliées, contrôlées, comparées, leur valeur est discutée, et les conséquences qu'on en fait sortir sont longuement et savamment déduites. Cet appareil de
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science ne convient qu'à quelques-uns. La plupart des lecteurs prétendent arriver au but directement, et sans s'arrêter en route. Ils veulent avoir les résultats de la science, sans être embarrassés par son appareil. Il faut les intéresser en les instruisant, et s'ils respectent les savants, ils ne les recherchent pas.
L'érudit procède autrement que l'historien. Tout entier à un but particulier, il supprime sans scrupule dans la biographie d'un homme, le récit d'un événement, l'exposition de l'état intellectuel, moral ou matériel d'un peuple, tout ce qui ne lui est pas utile. Il court à travers un pays connu, dont il ne signale pas la constitution et les accidents.
Familiarisé avec ces questions, il se contente, comme ceux qui savent, d'allusions fugitives. L'allusion n'est pas toujours comprise, la lacune ne peut pas être facilement comblée, et le lecteur, éperdu, ne suit plus un guide qui compte trop sur celui qu'il est chargé de conduire.
4. Le livre que nous offrons aujourd'hui au public tient de ces diverses sortes d'ouvrages, en se distinguant essentiellement d'eux.
Ce n'est ni un livre élémentaire, ni une histoire générale, ni un ouvrage de pure érudition.
Il ne renferme des faits que ce qui est absolument nécessaire pour permettre de comprendre et de juger les mœurs, les lois, les institutions, les usages,
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la constitution tout entière. Il expose sur tous ces objets, ce qu'il y a de plus vraisemblable ou de définitivement acquis.
Le récit n'est pas son but. Il fuit la discussion. Mais le récit s'impose quelquefois , et le fruit de la discussion lui appartient.
Aussi avons-nous emprunté à l'antiquité et aux travaux modernes.
Il faut bien écouter ce qui nous arrive à travers tant de siècles.
L'âge rend vénérables tous les témoignages de l'antiquité, et la simplicité grave avec laquelle ils sont écrits affirme leur sincérité. Ils reçoivent delà haute idée que leurs auteurs se faisaient de leur mission, une compétence incontestée. Ils attachent d'ailleurs par leur charme, et il semble impossible de ne pas partager leurs vues, leurs sentiments et jusqu'à leurs passions. On ne doute d'eux qu'après avoir longtemps hésité, et si on doit quelquefois les combattre, ce n'est qu'avec réserve et respect.
Nous avons donc laissé parler les anciens, autant que nous l'avons pu, nous défiant quelquefois, choisissant toujours et laissant souvent au lecteur le soin de se prononcer.
Quant aux travaux modernes, nous nous en sommes servi sans les citer textuellement, soit à cause du développement que nous aurions dû donner à ces
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emprunts, soit parce que le sujet nous aurait paru perdre sa couleur antique. En Grèce, excepté chez les philosophes, on discutait peu, on racontait beaucoup. Et qui pourrait s'en plaindre, quand on songe à la valeur de ces récits?
Les anciens avaient le droit de parler de ce qui se passait chez eux, parce qu'ils l'étudiaient, et ils avaient une incontestable compétence , parce qu'ils portaient très haut le sentiment de la dignité de l'écrivain. Ils ne font guère étalage d'érudition, et, sauf Plutarque, qui vivait longtemps après les événements racontés dans ses curieuses et intéressantes biographies, ils n'indiquent guère leurs sources. Mais nous savons quelle conscience ils apportaient dans leurs récits, et avec quel soin ils les contrôlaient. Alors même qu'ils écrivaient sous la dictée de la passion, ils évitaient de se mettre en contradiction ouverte avec la vérité.
Depuis le xvi^ siècle, on n'avait jamais autant écrit sur les anciens, que de nos jours. Rien n'a été négligé de ce qui pouvait les faire entièrement connaître. Jamais les textes n'avaient été étudiés avec autant d'attention et de compétence, jamais les autorités n'avaient été réunies avec une aussi ferme volonté de ne rien laisser d'obscur ou d'indécis; jamais les monuments de toute sorte n'ont été appelés en aussi grand nombre, pour déposer en faveur de la vérité.
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Il y a entre la France, l'Italie, l'Angleterre et TAUemagne, une salutaire émulation. Personne ne veut se laisser devancer, et si chaque peuple apporte à ces travaux d'érudition ses aptitudes et son caractère, il résulte de Tensemble des travaux, une somme de connaissances dont la science fait sa gloire, et dont chacun doit faire son profit.
5. Notre ouvrage pourra n'être pas inutile à ceux qui veulent pénétrer dans la vie de l'antiquité, et qui comprennent les jouissances que donne cette résurrection d'un peuple avec tous ses éléments de constitution et de vie.
Jamais les questions de gouvernement n'ont été plus agitées que de nos jours. Jamais l'exemple du passé n'a été d'une utilité plus directe pour l'appréciation et la conduite. Saisir le secret de la grandeur et de la décadence d'un peuple, surprendre le jeu de ses institutions et remonter jusques aux causes que les effets seuls ne permettent pas de reconnaître, c'est jeter sur le présent une vive lumière, apprendre à le juger et à le conduire, peutêtre à le rendre meilleur.
C'est le but de l'histoire et ce doit être le résultat de tous ses travaux.
Etudier Sparte, sans montrer ce qu'était Athènes, ce serait enlever à une physionomie tout le relief qu'elle tire du contraste. On ne comprend pas une de ces villes sans l'autre. Elles sont opposées en
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tout, souvent en guerre, se disputant la prééminence, la demandant à des moyens différents, la soutenant par des qualités particulières, passionnant et entraînant la Grèce, et se faisant l'une à l'autre un mal irréparable.
Le nom d'Athènes se mêlera donc souvent à celui de Sparte. Mais la place de la cité de Solon est plus large que celle de la ville de Lycurgue. Sa vie intime est mieux connue. Elle offre d'ailleurs un plus vif intérêt et de plus hauts enseignements.
Ce que nous disons ici ne sera guère qu'une indication, dont le développement viendra à son heure. Sparte n'aura précédé Athènes que pour la préparer.
Nous donnerons une indication générale des sources auxquelles on peut puiser. Des sujets de cette nature sollicitent de constantes recherches. Les travaux sont abondants. Nous regretterons d'avoir à nous borner.
6. Une habitude ancienne a latinisé ou francisé les mots grecs. Les Anglais et les Allemands sont plus jaloux delà couleurlocale. Leslieux, les hommes, les dieux ont retrouvé chez eux leurs noms. La lecture en devient pénible pour nous. C'est l'effort qui fait sortir d'une ornière où l'on a lontemps marché. Mais on ne tarde pas à recevoir sa récompense, et l'on se retrouve avec un indicible plaisir
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dans un courant antique, dans une atmosphère hellénique.
Nous avons cependant reculé devant une trop complète imitation des exemples étrangers. Les inconvénients nous ont paru plus sérieux que les avantages, et nous croyons que la résurrection du passé tient à autre chose qu'à des noms.
Pour les lieux et les hommes, nous n'emploierons la désignation réelle que lorsque le nom conventionnel ne sera pas consacré par un long usage. On procédait ainsi au xvi^ siècle : nous n'avons pas cru pouvoir nous montrer plus difficiles que ceux qui avaient été si profondément nourris de la moelle antique.
Il en est autrement pour les dieux. On les désigne presque toujours par les noms latins. Il en résulte une confusion dont la vérité souffre, et nous croyons que c'est un devoir de lui restituer ses droits.
Les Grecs et les Romains ne se faisaient pas la même idée des dieux, et leur religion diffère essentiellement dans son esprit. Il importe donc de ne plus continuer à employer des désignations que rien ne justifie. Le nom seul des dieux équivaudra à une définition, et la couleur locale que l'histoire a le devoir de rechercher, ne sera pas moins respectée que la vérité des faits.
Sparte semblait condamnée à la brièveté. Si nous
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n'avons rien dit qui soit inutile, nous n'aurons pas manqué, malgré notre longueur, à une qualité si chère au peuple que nous avons l'ambition de faire connaître.
Les institutions sont les organes du gouvernement d'un peuple.
Leur réunion et leurs rapports forment la constitution.
Les institutions déterminent les conditions dans lesquelles s'exerce le pouvoir, et règlent l'organisation des corps qui en assurent l'exercice et en fixent les limites.
Elles embrassent tous les éléments sociaux, et, au milieu de la mobilité constante des idées, des intérêts, des mœurs et des événements, donnent à l'État et aux individus quand elles sont bonnes, la stabilité en dehors de laquelle les droits sont sans autorité, les devoirs sans sanction, Tordre et la prospérité sans garantie.
Elles maintiennent ou ramènent dans un équilibre difficilement conservé les forces sociales, les mêmes pour tous les peuples, mais dont l'emploi et la proportion varient selon le caractère, les mœurs, les
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aptitudes, les croyances, le climat, la situation géographique.
Littré (1) voit en elles <c les lois fondamentales qui régissent un État. »
Dans un sens plus restreint et plus moderne, elles déterminent la mesure dans laquelle le peuple est associé au pouvoir. Là où le pouvoir est réellement absolu, il repose uniquement sur des agents d'une autorité suprême. Comme à des degrés divers, sa volonté est presque partout limitée par des devoirs, et l'obéissance des sujets tempérée par le droit qu'ils ont d'être conduits avec justice, des institutions ont été établies par la volonté d'un législateur ou sont nées de l'expérience et des besoins. Aussi Littré (2) les définit-il ainsi : a J'entends par institutions tout mode régulier par lequel les gouvernés interviennent dans le gouvernement qui les régit. »
L'étude des institutions donne Texplication de l'histoire.
Les événements par lesquels se manifestent l'existence et l'activité d'un peuple, ne suffisent pas pour le faire connaître. La recherche des causes générales, quelque sagace et profonde qu'elle soit, ne révèle pas tous les secrets de sa conduite.
L'homme ne peut être complètement connu, ni une nation jugée, si l'on ne suit les influences qui
(1) Dictionnaire, art. institutions.
(2) Étude sur les Barbares et le moyen âge, p. 5.
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agissent sur eux. L'influence la plus persistante el la plus décisive est celle des institutions.
Il importe donc de connaître, pour apprécier un peuple, les divers organes de sa vie religieuse, sociale, politique, judiciaire, économique, militaire, littéraire et artistique. Aucun fait ne reste alors isolé, aucune cause obscure. On voit en œuvre tout ce qui constitue le corps social, on se rend compte de l'accroissement , on s'explique les alternatives , on comprend les progrès, on a la raison de la décadence.
Les institutions sont le ressort qui fait mouvoir cette grande machine que l'on appelle une cité, un État. Le ressort connu, le principe du mouvement se découvre de lui-même.