CHAPITRE II
richesses, leurs alliances, leur courage, lui disputer rhonneur d'être à la tête du Péloponèse. Elle doit sa supériorité à la noblesse de son origine, dont elle resta digne, puisque ses rois, descendants d'Hercule, se succédèrent sans interruption , par une double branche , depuis le commencement du xii^ siècle jusqu'en 219, à la transformation vigoureuse que lui fit subir la réforme de Lycurgue et à sa constante fidélité à la tradition.
Le Péloponèse fut, comme le nord et l'orient de la Grèce, occupé par les Pélasges. Ils y pénétrèrent par l'isthme, et s'établirent en Arcadie, comme dans un camp retranché.
En même temps, Argos, la cité la plus antique du Péloponèse , avait été fondée par une population venue de la mer, sous la conduite d'Inachos (1986). C'est la date la plus reculée, sinon la plus certaine, qui se rattache à la fondation d'une cité grecque.
Elle conserva jusqu'en 820 le régime monarchique, qui fut, à l'origine, celui de toutes les villes grecques.
Danaos , qui avait régné sur la Basse-Egypte , obligé de fuir pour avoir attenté aux jours de son frère, y serait venu (1572) amenant ses cinquante filles, qui firent périr leur cinquante époux, et méritèrent pour punition éternelle de remplir sans cesse aux enfers un tonneau toujours vide.
Cependant, les Arcadiens disputent à Argos la prééminence en fait d'antiquité. Les villes que les Pélasges y avaient fondées, et qui n'eurent jamais ni un grand développement ni une haute fortune, étaient au nombre de quinze, et, disaient les traditions, antérieures à l'époque
Où la lune à la terre envoya ses rayons.
Pour quelques-unes des villes du Péloponèse, leurs prétentions reposeraient sur des bases plus solides que les légendes populaires ou poétiques. Argos, Mycènes, Tyrinthe ont des restes de monuments Cyclopéens remarquables par leur masse et leur indestructible solidité.
Les peuples primitifs marquent ainsi leur passage, et laissent des preuves de leur puissance à remuer et à amonceler des pierres.
Curtius (1) croit que ces constructions, qui nous étonnent et ne nous ont, jusqu'à présent, révélé aucun secret, ne remontent pas toutes aux temps primitifs. Plusieurs appartiendraient à l'époque héroïque. Murs, voûtes, demeures, trésors, tombeaux, elles ont un caractère utile. Le faste seul ne les a pas élevées, comme plusieurs de celles que l'Egypte et l'Assyrie offrent à notre admiration étonnée.
2. Les Hellènes se mêlèrent aux Pélasges, plutôt qu'ils ne les dominèrent. Leur supériorité intellectuelle leur valut une victoire pacifique, dont la prédominance de leur nom est le signe infaillible.
Les premières races qui se détachent des Hellènes sont les Eoliens et les Achéens.
Les Eoliens, après avoir occupé soit successivement, soit simultanément, les diverses parties de l'Hellade, se répandirent dans l'Elide et la Messénie. Ni eux, ni ceux qui leur succédèrent ne tentèrent de porter atteinte à l'intégrité des Pélasges enfermés dans la citadelle que les montagnes forment à l'Arcadie.
(l) Histoire de la Grèce , I, p. 118.