CHAPITRE IX
publique. Les rois, les magistrats, les citoyens tombaientainsisousleurjuridiction, etTon peut présumer, sans craindre de se tromper, qu'ils ne négligeaient aucune occasion d'affirmer leur pouvoir en l'exerçant.
Aristote (1) trouve défectueuse l'institution des éphores. « Bien qu'ils forment la première et la plus puissante des magistratures, tous sont pris dans les rangs inférieurs des Spartiates. Aussi est-il arrivé que ces éminentes fonctions sont échues à des gens tout à fait pauvres, qui se sont vendus par misère.... Quelques hommes, gagnés par argent, ont, autant du moins qu'il fut en leur pouvoir, ruiné l'État. La puissance illimitée, et l'on peut dire tyrannique des éphores, a contraint les rois eux-mêmes à se faire démagogues. La constitution reçut ainsi une double atteinte; et l'aristocratie dut faire place à la démocratie. »
C'était un malheur aux yeux d' Aristote, qui considère l'aristocratie, c'est-à-dire le gouvernement des meilleurs par la vertu, comme la forme la plus propre à faire le bonheur des peuples. Il ajoute cependant que cette magistrature pouvait assurer au gouvernement de la stabihté, à cause de la satisfaction qu'elle donnait au peuple.
Les éphores èt le sénat.
1. Le sénat était moins directement atteint que les rois par le développement de la puissance des
éphores. Il n'était pas responsable, et ceux qui n'ont pas de prise sur les hommes, ne peuvent exercer qu'une influence secondaire sur les choses.
Cependant, le sénat prenait des résolutions. Ses ordres devaient être exécutés par les magistrats dans la ville, par les rois et les généraux en campagne. Or, le pouvoir des éphores était absolu sur chaque citoyen. Ils pouvaient commander aux magistrats ou leur interdire certains actes, et, au droit qu'ils avaient de les accuser, après leur magistrature, se joignait celui de les déposer. Leur pouvoir n'allait pas sans doute jusqu'à prononcer des sentences de mort, mais il n'était pas moins redoutable, puisqu'ils traduisaient devant le sénat ceux que poursuivait leur inimitié.
Ils les déféraient au sénat ou à des juges qui, suivant Aristote, « avaient des attributions spéciales (1). » On comprend quelle terreur ils devaient inspirer.
Le sénat, dans sa sagesse devait éviter les conflits, et dans combien de circonstances son autorité dut s'incliner devant la volonté d'hommes qui échappaient à sa juridiction î
Accuser équivaut trop souvent à condamner, àcause de la faiblesse ou de la servilité des juges. Ce qui faisait la force des éphores, c'est qu^ils s'entouraient de mystère, et que la plus légère accusation prenait ainsi des proportions immenses. L'intérêt de l'Etat, auquel tout était subordonné, expliquait et justifiait leurs dénonciations. Spartiates, périèques, hilotes y étaient également soumis, avec cette différence que le Spartiate devait être condamné par le sénat, (1) n, 8, 4.