CHAPITRE IX
et que pour le périèque, et surtout pour l'hilote, la volonté d'un éphore décidait de son sort.
Aussi Montesquieu (1) a-t-il dit avec raison : « C'était un vice de la république de Sparte, que les éphores jugeassent arbitrairement, sans qu'il y eût des lois pour les diriger. »
On a comparé les éphores aux tribuns de Rome. L'assimilation n^est pas exacte, quoique les traits de ressemblance ne manquent pas.
Nous les trouvons dans Cicéron : <( Comme les tribuns du peuple furent, dit-il, institués contre le pouvoir consulaire, ainsi les éphores furent établis contre Tautorité royale (2). »
Les tribuns pouvaient, par le veto, empêcher les effets d'une décision du sénat, et Plutarque a dit avec raison que : « Le tribunat avait plus de force pour interdire que pour agir (3). » Aussi, lorsqu'ils prétendirent juger seuls, « rien ne les rendit plus odieux (4). » Ce ne fut, du reste, qu'en de rares circonstances qu'ils agirent ainsi, la loi qui les avait créés leur attribuant « le droit de saisir un Romain, mais non celui de le citer devant eux (5) . » Créés pour protéger le peuple contre les magistrats et les patriciens, ils ne pouvaient infliger aucune peine (6), et s'ils purent faire des lois obligatoires pour tous les
(1) Esprit des lois, VI, 3.
(2) Ut contra consulare imperium tribuni plebis, sic illi contra vim regiam constituti. De Republica, fragm.II, 33.
(3) Caton, 25.
(4) Denys, liv. IX.
(5) Aulu-Gelle, XIII, 12.
(6) TiTE-LiVE, II, 33.
citoyens, ce ne fut qu'à la faveur des agitations populaires et des factions, dont ils provoquaient ou encouragaient les tentatives violentes.
Sans doute, Gicéron (1) dit que l'établissement des tribuns fut le salut de la république, mais Caton en parlait autrement. « Il ne fallait, disait-il, avoir recours à une charge dont l'autorité était si puissante, que dans une extrême nécessité, comme on n'emploie une forte médecine que dans des maladies très graves (2). »
Enfin Niebuhr parle en ces termes de cette charge dont l'influence a été si considérable dans la république romaine : ce Loin que le tribunat soit le chef-d'œuvre de la sagesse politique, il ne fut qu'un pauvre compromis entre la noblesse opulente et la multitude sans guide et sans appui (3). »
Les tribuns n'étaient pas magistrats, et la preuve, c'est que lorsque la proclamation de la dictature supprimait toutes les magistratures, les tribuns continuaient leurs fonctions.
Pour rendre le veto des tribuns efficace, il fallait que la décision fût prise à l'unanimité. « Un tribun seul pouvait faire opposition à la volonté de tous ses collègues (4). »
2. Par ces traits et d'autres que l'on pourrait citer, il est facile de comprendre en quoi les éphores ressemblent aux tribuns, et en quoi ils en diffèrent.
(1) Lois, IIL
(2) Plutarque, Caton, 24.
(3) Histoire romaine, tome II, p. 43.
(4) Denys, X, 31.