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CHAPITRE IX

D'une manière générale, on peut dire que Tinstitution des tribuns fut une conquête de la démocratie à Rome. Celle des éphores fut la défense des privilèges des Spartiates. Au dualisme héréditaire de la royauté, à Toligarchie stable du sénat, elle opposa une oligarchie mobile qui eut pour effet de tendre les ressorts du gouvernement, et de rendre plus tyrannique une autorité que l'hérédité aurait tempérée chez les rois, et la pratique des affaires dans le sénat.

L'éphorat fut l'incarnation de l'esprit autoritaire de Sparte. Il accentua le caractère oligarchique organisé par Lycurgue. Le tribunat fut une concession de l'aristocratie récemment maîtresse à Rome, par l'expulsion des rois. Les deux cités ne prévirent pas, et semblèrent n'avoir pas même soupçonné les abus qui devaient logiquement découler de l'institution.

Les éphores jugeaient les affaires civiles. Chacun, devant eux, parlait pour soi. Il n'y avait pas d'avocats (1). Les affaires criminelles leur échappaient.

Un décret des rois et des éphores prescrivit à Timothée, sous peine d'exil, de retrancher quatre cordes à sa lyre, parce que ces sons efféminés corrompaient les jeunes Spartiates. C'était à l'époque de la prise d'Athènes (404) (2).

Aristote eût désiré que leur pouvoir fût moins indépendant. Il y a lieu de s'étonner, en effet, qu'à Sparte, où l'on ne reconnaissait qu'une souveraineté, celle de la loi, les éphores y échappassent. « Comme les éphores, dit-il, bien que sortis des rangs les plus

(1) V. Plutarque, Agésilas.

(2) V. Aristote, Polit. y V, 2, 3.

obscurs, décident souverainement les procès les plus importants, il eût été bien de ne point s'en remettre à leur arbitraire, et d'imposer à leurs jugements des règles écrites et des lois positives (1). » Mais alors' leur rôle n'eût pas été celui que nous offre l'histoire de Sparte dans la plus grande partie de sa durée.

Les éphores déclaraient la guerre et faisaient les traités de paix. Ils étaient agents, s'ils n'étaient pas auteurs, mais il est impossible de ne pas leur reconnaître une haute et suprême influence. Quand a-t-on vu un corps, même le plus grave et le plus élevé, résister à l'action de quelques hommes hardis, déterminés, et dont la main est partout ?

Quand le peuple, même le plus vertueux, a-t-il su résister à ceux qui se déclarent ses amis et ses représentants, et lui parlent sans cesse d'un dévouement à toute épreuve? Est-ce que les protestations et les promesses ne sont pas toujours souveraines auprès de lui?

Il y a des surveillances qui sont plus redoutables que l'exercice même du pouvoir, et la main qu'on ne voit pas est plus puissante que celle dont on peut suivre tous les mouvements.

Les éphores n'exerçaient directement aucune magistrature, mais il n'en était aucune qui pût échapper à leur surveillance.

Ils avaient l'administration suprême des deniers publics.

Les Spartiates ne payaient d'abord, d'après Thucydide, aucun impôt, ni en argent, ni en nature. Les guerres ne tardèrent pas à obliger les citoyens et

(1) Politique, U, 6, 16.

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