CHAPITRE IX
Quand ils avaient des ordres secrets à lui faire parvenir, ils roulaient sur la scytale une lanière blanche. Ils écrivaient sur la lanière roulée, et la déroulant, ils la remettaient au messager.
Elle offrait ainsi des caractères sans suite, dans lesquels l'indiscrétion et la curiosité auraient vainenement cherché leur satisfaction. En roulant sur la scytale la lanière, le général lisait le renseignement, le conseil ou Tordre transmis.
La simplicité du moyen montre que l'on comptait sur la discrétion du messager, ou que les éphores tenaient peu au secret. Peut-être même comptaientils sur une indiscrétion qui aurait amené nécessairement la divulgation de leurs communications, pour en imposer plus sûrement l'exécution aux généraux.
Si le procédé était encore employé du temps de Xénophon (1), il faut reconnaître que les Spartiates profitaient peu des progrès que le temps apporte avec lui.
Tout ce qui touche un peuple dont le rôle a été si grand, est digne d'intérêt. Les Lacédémoniens ne rasaient habituellement que la lèvre supérieure. Quelques-uns seulement, par le privilège de leurs fonctions ou par tradition de famille, gardaient leurs moustaches. « A Lacédémone, dit Plutarque (2), quand les éphores entrent en charge, ils font publier un ordre à tous les citoyens, de raser leurs moustaches et d'obéir aux lois, »
Voulaient-ils montrer par là que leur pouvoir s'étendait depuis les choses laissées à la discrétion
(1) Xénophon a vécu de 450 à 355 av. J.-C.
(2) Des délais de la justice divine.
de chacun, et parfaitement indifférentes à la chose publique, jusqu'aux plus importantes? C'était assez dans l'esprit des Lacédémoniens.
Ils choisissaient les chefs des enfants, paraissaient à leur tête dans les fêtes religieuses et militaires en rhonneur d'Athéna (1), veillaient aux jeux et aux festins. Dans les jugements, la formule « il a semblé convenable aux archagètes et aux éphores » indiquait la part qui leur revenait, et les associait au pouvoir souverain.
Ils étaient parvenus à exercer le pouvoir exécutif, convoquaient l'assemblée, recueillaient les suffrages, recevaient le ambassadeurs, faisaient les levées, donnaient des ordres, accompagnaient les rois. Estil étonnant qu'Aristote ait dit que leur pouvoir était égal à la tyrannie (2).
3. Le pouvoir des éphores a-t-il été avantageux ou funeste à Sparte? Il serait difficile de se prononcer, tant le bien et le mal sont mêlés.
Il est certain qu'il a contribué à conserver la royauté à Sparte, en la réduisant à l'intérieur, et même dans le commandement des armées, à un rôle qui n'était plus digne de sa haute origine.
Il a donné une activité remarquable à un gouvernement qui, par sa composition, était condamné à se mouvoir avec lenteur.
Par une surveillance continuelle et jalouse, il a rendu plus rares et moins dangereuses les révolutions intérieures.
Cependant, Aristote ne croit pas à l'efficacité de ce