CHAPITRE IX
pouvoir. (( On aurait tort, dit-il, de penser que la surveillance des éphores garantisse la responsabilité de tous les magistrats. C'est accorder trop de puissance aux éphores, et ce n'est pas d'ailleurs en ce sens que nous recommandons la responsabilité (1). »
Ils pouvaient être les gardiens de la moralité. « Un homme de mauvaises mœurs, dit. Rousseau après Plutarque, proposa un jour à Sparte un bon avis. Les éphores le firent soutenir par un citoyen vertueux, afin qu'il fut adopté. Ils regardèrent la première proposition comme nulle. Elle venait d'un mauvais citoyen (2). » Rousseau fait remarquer qu'en agissant ainsi, les éphores n'exprimèrent aucun blâme. Mais ils donnaient un grand exemple.
Les éphores étaient en rapport avec l'assemblée, puisque, d'après Xénophon (3), la formule des décrets émis sous leur inspiration ou par leur autorité, était celle-ci : « Il a plu aux éphores et à l'assemblée. ))
Il a maintenu par l'arbitraire, le règne de la loi, et même dans ses excès, il n'a pas été en désaccord avec l'esprit général de la cité.
Les moyens violents que les éphores employèrent, le peu de cas qu'ils firent du droit, de la vérité, de la justice, de la vie des hommes, ne doivent pas nous étonner.
Ils étaient les vrais représentants de Sparte.
La terreur était leur moyen de gouvernement. Plutarque en donne une raison singulière : « Les
(1) Politique, II, 6, j6.
(2) Contrat social, IV, 6.
(3) Helléniques, UI, 2, 23.
personnes que Ton craint, dit-il, sont celles qu'on respecte le plus. Les Lacédémoniens, en consacrant un temple à la Peur, près de la salle où mangeaient les éphores, avaient égalé ces magistrats à la dignité des rois (1). »
Ce n'est pas dire toute la vérité, que les égaler aux rois. Mais les associer à la Peur, et fonder leur pouvoir sur son action, c'était trop en rapport avec l'esprit Spartiate, pour qu'on le révoque en doute.
Xénophon croit que le bien qui résulta de cette institution l'emporta sur le mal. Platon (2) dit qu'ils ne cessèrent d'être les ennemis des sénateurs et des rois que quand ils devinrent leurs protecteurs.
Plutarque juge ainsi les éphores (3) : « L'établissement des éphores, loin de relâcher les ressorts du gouvernement, ne fit que les tendre davantage. Il paraissait favorable au peuple, et servit à favoriser l'aristocratie. »
Cela est vrai, si Ton reconnaît que le peuple Spartiate tout entier, constituait cette aristocratie, et que c'est surtout à leur action prépondérante, que Sparte dut cette politique étroite, absolue, égoïste, impitoyable, dont l'existence s'est perpétuée au détriment de la justice et de l'humanité, et qui cependant a été longtemps couronnée par le succès.
(1) Agis et Cléomène, 32.
(2) Lois, ni.
(3) Lycurgue, 43.