CHAPITRE X
daient les lieux couverts et fermés comme contraires à la sagesse. Ils ne voulaient pour les réunions publiques « ni bâtiments, ni portique orné de peintures, persuadés que ces ornements ne font pas trouver de bons conseils. »
Tous les citoyens y assistaient. Les rois et les éphores faisaient connaître le sujet de la délibération et en exposaient les motifs. Lorsque les citoyens .eurent reçu ou pris le droit de parler, il fallut avoir trente ans et être de mœurs irréprochables pour donner son avis.
Un des éphores recueillait l'opinion de l'assemblée. Elle jugeait, d'après Thucydide (1), par ses cris et non par suffrages. Dans les cas où il pouvait y avoir indécision, l'assemblée se séparait en deux.
(( A. Lacédémone, dit Montesquieu (2), il fallait dix mille citoyens pour former l'assemblée. »
Si le législateur avait voulu rendre impossible, tout en l'inscrivant dans la loi, la participation du peuple au gouvernement, il n'aurait eu qu'à imposer cette condition.
Ceux-là seuls pouvaient siéger dans l'assemblée populaire, qui avaient un des neuf mille lots distribués par Lycurgue ou après lui, aux Spartiates, et qui constituaient des fiefs inaliénables. Les autres, quelle que fût leur origine, n'avaient pas ce droit. Les députés de cent villes de la Laconie ne pouvaient être nombreux, ce qu'ils représentaient étant si peu considérable.
En supposant, ce que rien n'autorise à croire, que
(2) Esprit des lois, II, ch. II.
le droit de vote fût étendu aux fils de Spartiates qui avaient plus de trente ans, âge fixé pour prendre part aux délibérations de l'assemblée, il eût été impossible de réunir le nombre que donne Montesquieu.
Sans doute, les Spartiates n'étaient pas comme les Athéniens, répandus dans tout le pays, ou dispersés par les besoins du négoce sur tous les rivages. Ils résidaient à Sparte, où les attachaient les repas en commun et les exercices militaires. Mais il y avait des absents pour des ambassades, des missions secrètes, des sacrifices et la guerre, et c'était assez pour que le nombre indiqué par Montesquieu ne pût jamais être atteint.
On sait, d'ailleurs, combien fut rapide la diminution des citoyens à Sparte.
2. Les deux assemblées se tenaient en plein air, entre la rivière Knakion et le pont Babyx, sur l'Eurotas. Leur composition était presque la même.
La grande se réunissait toutes les fois que les circonstances l'exigeaient. On votait par oui ou par no?^, sur les propositions émanant de l'initiative des rois et que le sénat avait adoptées.
Elle se prononçait sur la paix et la guerre, les alliances et les plaintes ou les demandes des alliés, sur les lois modifiant, complétant ou remplaçant celles de Lycurgue, sur les successions des fiefs, qui avaient une importance capitale, puisqu'elles donnaient ou retiraient le droit de voter.
Les lois de Lycurgue étaient peu nombreuses. Cragius (1) en a donné la liste d'après ce qu'il a pu recueillir de divers côtés. Leur nombre ne s'accrut (1) De Republ. Laced,