CHAPITRE X
mait l'injure, et qui, sans doute, n'osera plus, dans son audace insolente, attaquer les rois. »
Telle est, dans tous les temps, la multitude avec ses impressions mobiles et ses sentiments opposés. Elle approuve et blâme, absout et condamne, s'irrite ou s'apaise. Qu'elle soit armée, comme sous les murs de Troie, ou en paix, comme sur les bords de l'Eurotas, elle a les mêmes inégalités, les mêmes intempérances, et, sous l'empire des passions les plus diverses, elle est capable des mêmes inconséquences.
Après avoir réprimé avec l'autorité de la force, le harangueur, Ulysse fait valoir auprès des Grecs les motifs qui les obligent à rester u sur cette rive, jusqu'à ce qu'ils aient soumis la superbe Ilion. Il dit, et l'assemblée pousse des cris éclatants. A ces cris des Grecs, qui applaudissaient au discours du divin Ulysse, les creux vaisseaux rendirent un son terrible. »
Et lorsque le sage Nestor eut appuyé cet avis par des raisons nouvelles, lorsque Agamomnon eut donné l'ordre de combattre, les mêmes cris retentirent, et les Grecs coururent à leurs vaisseaux.
Telles étaient les assemblées à l'époque féodale de la Grèce. Le peuple ne discutait pas, mais on ne disposait pas de lui sans lui. La délibération de ses chefs ne pouvait avoir d'effet que par son assentiment.
Sans doute, cet assentiment n'était guère refusé. L'autorité des rois, pères des peuples, dominait les cœurs et les volontés, et la consultation pouvait paraître une formalité vaine. Il arrivait même que la force venait en aide à l'autorité. L'exemple d'Ulysse
et de Thersite ne fut pas, sans doute, une exception. Mais cet abus qui résultait presque inévitablement du respect que le droit ou la force inspirait, ne s'exerçait qu'à l'égard de l'individu. Le corps tout entier ne perdait rien du privilège qu'il devait à la tradition de la famille, où le chef s'entourait de tous les avis, et décidait seul.
Cependant ce que l'homme, pris isolément, n'oserait pas, la multitude, où les responsabilités en se confondant s'annulent, le fait hardiment. Il y a en elle des souffles secrets et puissants, qui produisent d'abord l'indécision, puis accentuent la direction des volontés, et finissent par les faire éclater avec une force irrésistible.
L'autorité, la discipline, la raison, l'intérêt, l'éloquence sont des moyens puissants pour diriger les assemblées. Mais ce serait une folie de s'y fier, et s'ils sont souvent souverains, dans combien de circonstances ne restent-ils pas sans force devant le caprice ou la passion?
3. Ainsi, par cela seul que les rois reconnaissaient aux peuples le droit d'être consultés, leur pouvoir n'était pas absolu. Les gouvernements oligarchiques et démocratiques qui, dans une mesure différente, s'appuyaient sur l'opinion de quelques-uns ou du peuple tout entier, pouvaient par des restrictions habiles, s'assurer de leur docilité ou de leur impuissance, mais la sécurité n'était jamais entière, et l'assemblée pouvait, au moment où on s'y attendait le moins, faire acte d'indépendance.
Les orateurs avaient le droit de discuter à Sparte. Ils ne paraissent pas avoir eu le rôle officiel que les