‹ Institutions de SparteChapitre 219 sur 242 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Athéniens leur ont attribué, mais ils traitaient les affaires publiques devant la foule attentive et muette. Ils jouaient par conséquent un rôle analogue à celui de nos avocats devant le jury.

Ils devaient être autorisés par les magistrats.

Si l'éloquence Spartiate n'est pas un vain mot, on ne dût pas être obligé, pour les orateurs, comme à Athènes, de limiter le temps pendant lequel ils pouvaient parler. On n'y vit pas les abus de parole dont les assemblées modernes ont offert le trop fréquent spectacle, et qui, non moins que les actes inconsidérés ou violents, ont mis en relief tous les dangers du régime parlementaire.

Il ne paraît pas, du reste, qu'ils aient jamais provoqué, dans l'assemblée, des tumultes dangereux. Le peuple Spartiate était grave par caractère et par éducation. Il était soumis à la loi , contenu par une discipline sévère, peu accessible à la nouveauté, dévoué à la patrie, étranger à ce qui se passait ailleurs, et jaloux de garder intact ce que le passé lui avait transmis. Dans ces conditions, les troubles et les séditions n'étaient guère probables, et Sparte n'avait pas à redouter ce qui se produisait habituellement dans la mobile Athènes.

Cependant, il ne faut pas oublier le caractère de toute multitude. Tite-Live l'expose ainsi dans un discours de Scipion à ses soldats révoltés en Espagne (1) : « La multitude est comme la mer, immobile par elle-même ; les vents et les souffles l'agitent. » Ces souffles, ces vents, on les trouve partout, et ils sont

(1) Multitudo omnis, sicut natura maris, perse immobilis est; venti et aursÊ cient. (Liv. XXVIII, ch. 28.)

assez puissants pour soulever Fimmobilité ellemême.

Sparte, il est vrai, se trouvait placée par son esprit et sa constitution, dans des conditions particulières. Son histoire se réduirait à peu de chose, si on supprimait ses guerres, et serait aussi ennuyeuse à lire que celle d'Athènes est intéressante. Ici le mouvement, là le repos. Athènes aspire à des nouveautés, Sparte ne veut pas sortir de la voie tracée. L'Athénien porte dans la vie publique les habitudes actives de son commerce au dedans et de ses hardies expéditions; le Spartiate celles d'une oisiveté qui est un signe de race et un titre d'honneur. Dans la cité de Solon, les lois changent, et les révolutions se multiplient : les lois restent immuables dans celle de Lycurgue, et c'est à peine si l'on compte quelques tentatives violentes.

Les assemblées reflétaient ces oppositions. Voilà pourquoi elles ont moins d'importance en Laconie qu'en Attique. Les historiens font parler quelques per^^onnages. Aucun n'est, de lui-même, orateur. Les formes ne différaient pas essentiellement, il y avait un abîme entre les deux assemblées.

Cependant, les assemblées publiques étaient un des éléments essentiels de la constitution de Sparte. Là où tous étaient égaux, il ne pouvait y avoir exclusion pour personne. Il y eut pourtant des degrés dans cette participation à la délibération.

L'assemblée se prononça d'abord sur la totalité de la proposition, qu'elle accepta ou rejeta tout entière. Puis elle voulut délibérer et apporter des modifications à ce qui lui était soumis par le sénat. On y vit

Page 1