CHAPITRE X
un abus, et en Tautorisant, on essaya d'en restreindre les effets. Sous Polydoros et Théopompos, il fut statué que, dans le cas où le peuple a déciderait de travers, » le sénat, d'accord avec les rois, pouvait annuler ses résolutions. Le peuple, évidemment, décidait de travers toutes les fois qu'il n^était pas d'accord avec les rois et le sénat.
Peut-être est-ce à cette grave mesure qu'est due l'institution des éphores. Il fallait une compensation au peuple qu'on dépouillait d'un précieux privilège. La compensation dépassa la mesure.
Le peuple pouvait être appelé à se prononcer sur les sujets les plus graves. On contestait la légitimité d'Agis, et Agésilas prétendait être roi de droit. La question fut portée devant le peuple. « Les citoyens, après avoir entendu les deux parties, choisirent Agésilas pour roi (1). »
Le secret était la condition essentielle du gouvernement de Sparte. Les enfants y étaient habitués de bonne heure, mais il y avait toujours des précautions à prendre. On peut donc croire que la prudence réduisit considérablement le rôle des assemblées politiques. On connaîtrait peu le peuple Spartiate, si Ton supposait qu'il s'en soit plaint. Il se croyait fait pour agir et non pour parler.
Cette disposition donne à tous ses actes un caractère de gravité incompatible avec le tumulte et les passions de la place publique. La participation de chaque citoyen à la cause publique semble restreinte, mais l'action n'y perdit jamais rien.
Cette gravité de Sparte pendant sa grandeur, ne
(1) Xénophon, Helléniques, III, 3.
l'abandonna pas à l'époque de sa décadence. Il n'est pas sûr que la soumission à Rome lui ait été pénible. Elle se sentait impuissante. Ses assemblées pourvurent à son administration intérieure, comme elles avaient concouru à l'extension de son hégémonie. Elle eut la paix et le silence sans la liberté. La paix et le silence lui suffirent, lorsque, par ses fautes, elle eut perdu son droit à dominer, et fat devenue incapable de se défendre contre elle-même et contre ses ennemis.