‹ Institutions de SparteChapitre 221 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'esprit du gouvernement.

1. Plutarque dit que le gouvernement de Sparte était une aristocratie libre. Par Tépilhète, il le distinguait des autres aristocraties, que les Grecs regardaient comme oppressives.

Les Spartiates paraissaient connaître le mot d'Esope et avoir voulu en faire leur profit. Le fabuliste, d'après Plutarque (1) disait que « le moyen que tout allât mal, c'était que tout le monde voulût se mêler de tout. »

Le gouvernement de Sparte était, d'après Grote (2), (( une oligarchie compacte, sans scrupule et bien obéie, renfermant en elle, comme subordonnées, ces portions qui avaient dominé jadis, les rois et le sénat, et adoucissant l'odieux, sans diminuer le mal du système, par un changement annuel d'éphores qui gouvernaient. »

(1) Cilé par Stobée, discours 41e sur la république.

(2) Histoire de la Grèce, 111, p. 282, trad. de Sadous.

Ce qui, eu fait, distiugue le gouveruemeut de Sparte de celui de toutes les autres villes grecques, c'est la stabilité.

La Grèce est constamment agitée. Chaque ville varie sans cesse, passant de la monarchie à l'aristocratie, à l'oligarchie, à la démocratie, et oscillant entre deux ou plusieurs factions, toujours aux prises, alternativement victorieuses, et tour à tour oppressives et opprimées.

Sparte resta fidèle, sinon à ses mœurs, du moins à ses institutions, et ce fut une des principales causes de son influence politique et de sa prépondérance. C'est ce qui explique le cas que faisaient d'elle les souverains de l'Asie-Mineure, et l'importance que lui attribuait le grand Roi.

Lorsque Crésus, que Cyrus venait attaquer en Lydie (549), voulut s'appuyer sur la Grèce, il s'adressa aux Spartiates, comme aux chefs reconnus du Corps Hellénique (1), et dans toutes les négociations, comme dans toutes les guerres, c'est leur alliance que recherchent de préférence les Perses, c'est contre eux qu'ils soulèvent les plus redoutables coalitions.

Toutes ces cités inquiètes, jalouses, ambitieuses, se tournaient vers le plus riche et le plus généreux. Elles vendaient leur alliance et leur défection. Leur patriotisme ne dépassait pas leurs murs, et, lorsque l'intérêt individuel parlait, l'intérêt collectif se taisait. L'or était l'irrésistible séducteur, et partout, même à Sparte, dès qu'il eût pénétré, il régna.

La stabilité de ce gouvernement que n'agitaient

(l) Hérodote, I, 69.

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