‹ Institutions de SparteChapitre 223 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

intérêt et le mien de me choisir : les Lacéd^moniens seraient moins empressés, à cause de cela, de vons accorder ce qui vous manquerait, et je ne sais pas s'il y aurait sûreté pour moi (1). » •

Xénophon eût manqué de la prudence la plus vulgaire si, en parlant ainsi, il n'avait été assuré que ce qu'il disait des dispositions des Lacédémoniens était connu de tous. Sparte fut toujours défiante et jalouse. Athènes aimait à l'entendre dire, et ses poètes n'y manquaient pas. Adraste s'adressant à Thésée (^2) lui dit : « Sparte est cruelle et de caractère artificieux. »

2. S'il fallait tenir compte des griefs d'un ennemi, les Lacédémoniens n'auraient pas été aussi conséquents avec eux-mêmes que pourraient le faire croire la ténacité de leur caractère et l'influence de l'éducation. « Vous vous conduisez entre vous, leur disaient les Athéniens, avant la guerre du Péloponèse, d'après des institutions qui ne peuvent s'allier avec celles des autres peuples, et, de plus, chacun de vous, à peine sorti de Lacédémone ne se gouverne, ni par les principes de son pays, ni par ceux qui sont suivis chez les autres Grecs. » Mais faut-il croire des ennemis?

Les Spartiates étaient exclusifs. Fiers de leurs institutions et des succès qu'elles leur avaient donnés, ils ne pouvaient croire qu'il fût possible, ailleurs, d'avoir un gouvernement digne d'hommes libres. Aussi, Démosthène disait-il à ses compatriotes : « Il

(1) Anahase, VI, I,

(2) Eschyle, les Suppliantes.

(3) Thucydide, I, 77.

n'est pas permis, chez les Spartiates, de faire l'éloge des institutions d'Athènes et de tout autre peuple. Loiu de là, il faut s'attacher à la forme de gouvernement établie chez eux, ne vanter qu'elle, et ne faire rien que pour elle (1). »

Il était admis que l'on était suffisamment récompensé par la conscience du devoir accompli. Cependant, les Lacédémoniens avaient des moyens assurés de témoigner leur reconnaissance à ceux qui rendaient des services à la patrie. Démosthène en parle en ces termes (2) :

« Il est vrai que les Lacédémoniens ne récompensent pas comme nous, mais il y a chez eux d'autres façons de récompense, dont le peuple entier serait unanime à repousser l'introduction dans cette ville. Quelles sont-elles? Je ne les examinerai pas une à une. J'en prends une seule qui contient toutes les autres.

Dès qu'un homme, remplissant les conditions exigées, a été jugé digne d'entrer dans ce qu'ils appellent le sénat, il est maître, et tout le monde lui obéit. Là, en effet, la récompense du mérite consiste à partager l'exercice du pouvoir avec ses pairs. »

De quoi n'est pas capable un :peuple qu'on peut louer ainsi !

Xénophon, qui connaissait bien les coutumes, les mœurs et les institutions de Sparte, dit que le législateur s'était appliqué à imprimer fortement la modestie dans tous les cœurs (3).

(1) Contre Leptine, 102.

(2) Contre Leptine, 103.

(3) République de Sparte, ch. lU.

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