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CHAPITRE XI

moins pour Torganisation politique, dont le progrès tient, le plus souvent, à des rapprochements, à des comparaisons, à des emprunts.

Si Lycurgue a prescrit une exclusion plus formelle que celle de tous les autres peuples, c'est qu'il savait combien était factice son œuvre.

Dans un discours à son armée, le roi Brasidas (1) explique cette situation exceptionnelle et expose avec la brièveté lacédémonienne, l'obligation qui en résultait.

(( Nous sommes un petit nombre au milieu d'une foule d'ennemis; nous ne pouvons nous maintenir qu'en combattant et qu'en étant vainqueurs. »

C'est ce qui explique comment les institutions et les mœurs ont concouru à faire de Sparte une cité toujours armée, a On peut adresser au système entier du législateur, dit Aristote (2), le reproche que Platon lui a déjà fait dans ses Lois : il tend exclusivement à développer une seule vertu : la valeur guerrière. Je ne conteste pas l'utilité de la valeur, pour arriver à la domination; mais Lacédémone s'est maintenue tout le temps qu'elle a fait la guerre , et sa puissance l'a perdue, parce qu'elle ne savaitpas jouirdelapaix, et qu'elle ne s'était pas livrée à des exercices plus relevés que ceux des combats. »

Il faut donc en conclure que ses institutions, par leur exagération, produisirent ce résultat. Celui des mœurs fut plus préjudiciable encore à ses intérêts. « Une faute non moins grave, ajoute Aristote (3),

(1) Thucydide, IV, 126.

(2) Politique, II, 6, 23.

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c'est que, tout en reconnaissant que les conquêtes doivent être le prix de la vertu et non de la lâcheté, idée certainement fort juste, les Spartiates en sont venus à placer les conquêtes fort au-dessus de la vertu même, ce qui est beaucoup moins louable. »

Les Lacédémoniens pourraient assurément invoquer l'exemple de tous les conquérants, qui n'ont jamais su se borner et ont fini par mettre toujours le droit au-dessous de la force. Mais les fautes des autres ne justifient pas celles qu'ils ont si chèrement expiées, et que signale Thucydide (1) avec une réserve qui n'enlève rien à la gravité du fait, dans le discours qu'il prête aux ambassadeurs des Corinthiens.

D'autres peuples, les Athéniens par exemple, cherchaient à se maintenir par des amitiés et par des alliances. Sparte demandait aux armes sa prospérité et sa stabilité. Ses alliés n'étaient que les instruments de sa politique.

L'opinion, cette chose mobile, faisait la force des Spartiates. Aussi, lorsqu'ils eurent été une fois vaincus, ils le furent toujours.

Par indifférence ou par orgueil, ils n'enviaient rien à aucun autre peuple; par égoïsme et par jalousie, ils n'auraient voulu se montrer ni à leurs ennemis, ni à leurs aUiés, tels qu'ils étaient, de peur de livrer le secret de leur force. Lycurgue leur avait recommandé de ne pas faire longtemps la guerre au même peuple, de peur de lui apprendre à vaincre. Us enveloppaient leur politique de mystère ,^ afin que leurs ennemis ne pussent pas surprendre l'ensemble

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