‹ Institutions de SparteChapitre 226 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

du système et le détail des procédés qui restèrent presque constamment les mêmes.

Si l'exemple de Sparte eût prévalu, Tégoïsme personnel fût devenu la loi universelle, et l'égoïsme national renfermant les peuples dans des limites plus infranchissables que les rivières, les montagnes et les mers, aurait rendu tout progrès matériel, intellectuel et moral, sinon impossible, du moins très difficile.

On chercherait vainement dans l'histoire des analogies avec le peuple de Sparte. Il ne ressemble à aucun autre. Si ses lois ont été empruntées à la Crète, il leur a donné une empreinte spéciale, et ce que nous savons de cette île, très anciennement peuplée, mais peu mêlée au mouvement grec, quoique Aristote (i) ait cru sa position favorable à un grand empire, ne nous permet pas de croire que le problématique Minos ait été rinspirateur du plus historique Lycurgue.

Les conditions de la durée.

1. Malgré la volonté des Spartiates de ne jamais toucher à leurs institutions, malgré la rigidité de leur caractère et la rude sévérité de leur éducation, malgré la discipline inflexible qui faisait le citoyen, le magistrat et les mœurs, le temps, ce grand des-

(l) Politique, IL 7, 1.

tructeur, n'a pas perdu ses droits, et toutes les époques de ce gouvernement ne se ressemblent pas.

L'homme, quelque artificiellement qu'il soit façonné, reste toujours cet être » merveilleusement vain, divers et ondoyant (1), (( que la raison, l'intérêt et l'habitude paraissent à certains moments pouvoir fixer, mais que la liberté, mise au service du caprice et de la passion, entraîne bientôt à des nouveautés.

Le gouvernement de Sparte fut monarchique à son origine. Après la conquête des Héraclides, la Pythie ordonna que les deux jumeaux, fils d'Aristodémos, Eurysthénès et Proclès, fussent rois en même temps.

Leurs descendants furent les chefs militaires de Sparte, jusqu'à la conquête romaine. La mésintelligence fut constante entre eux. Il est difficile, en effet, que deux hommes revêtus d'un pouvoir égal restent longtemps d'accord, et les Spartiates ne furent peutêtre si fidèles à leurs rois, qu'à cause de l'impuissance à laquelle cette lutte réduisait ceux qui étaient à leur tête.

Mais la division est contagieuse. Des rois, elle passa au peuple. L'égalité première disparut. Ceux qu'une même origine et des intérêts communs auraient dû réunir, vécurent dans un constant antagonisme. Les rois contribuèrent au désordre, par leur faiblesse ou leur rigueur. « Ils s'attiraient la haine du peuple s'ils voulaient le réprimer par la force, ou tombaient dans le mépris, s'ils lui cédaient par complaisance ou par faiblesse (2). »

Etait-ce la faute des hommes? Etait-ce celle des

(1) Montaigne, I, 1.

(2) Plutarque, Lyc, 2.

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