‹ Institutions de SparteChapitre 228 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ditions : 1^ d'être utile à la société, c'est-à-dire de procurer à la société des avantages positifs ; 2° d'être en harmonie avec l'état présent de la société, d'être appropriée aux idées et aux choses existantes, d'être successivement préparée, en un mot, de venir à propos. »

Il y eut cependant des modifications. Elles se produisirent dans les mœurs avant de toucher aux institutions.

Lycurgue les avait prévues. Il savait combien l'abus est facile et la corruption prompte. La nature est un ressort puissant, que l'on peut comprimer, mais qui tend toujours, en vertu de sa force et de son élasticité, à s'échapper. Plus la pression a été forte, plus la détente est vigoureuse.

La constitution de Lycurgue devait dominer tout entière ou disparaître. La moindre faiblesse était un signe de dissolution, et dès qu'un vice se substituait à ce que Sparte appelait vertu, on pouvait prévoir que la désorganisation serait peut-être lente dans une ville où rien ne se précipitait, mais on la regardait comme inévitable.

Pour faire une nation guerrière, il avait inspiré aux citoyens des mœurs austères, propres à former des héros. C'est sur l'éducation, sur la discipline de l'esprit qu'il avait élevé sa constitution. Pour qu'elle restât debout, il fallait que la base ne fut pas ébranlée.

Ce n'est pas sans effort que l'on comprime la nature, et que l'on courbe, sous une loi inflexible, les idées les plus chères à l'esprit et les instincts les plus naturels au. cœur.

Aussi, la réforme ne s'établit-elle qu'avec peine, s'il faut en croire Plutarque : « Lycurgue, dit-il, était le onzième descendant d'Hercule ; il avait régné plusieurs années à Lacédémone, il y jouissait d'une grande autorité, il avait beaucoup d'amis, il possédait de grands biens, et tous ces avantages lui furent d'un grand secours pour exécuter son plan de réforme. Avec tout cela, il fut obligé d'employer la force, plus encore que la persuasion, et il lui en coûta un œil, pour faire passer la plus importante de ses institutions, — les repas publics, — la plus propre à rendre sa ville heureuse, à y maintenir la concorde, en ne laissant parmi les citoyens ni riche ni pauvre (1). »

Rien n'est beau comme la prière que rapporte Platon (2) et que Montaigne résume ainsi : « La prière des Lacédémoniens publicque et privée portoit simplement, les choses bonnes et belles leur estre octroyées, remettant à la discrétion de la puissance supresme le triage et chois d'icelles (3). »

Pouvait-on espérer que cette soumission pieuse, cette modération dans les désirs, cet abandon à la volonté divine se maintiendraient longtemps contre l'orgueil, l'ambition et l'indifférence réunies? Les passions font avec trop d'obstination le siège du cœur de l'homme pour ne pas le prendre, s'il n'est pas défendu par la vigilance et la force.

(1) Vie de Solon, 21.

(2) lie Alcibiade, Platon l'attribue àun poète dont il ne dit pas le nom.

(3) Essais, II, 12.

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