‹ Institutions de SparteChapitre 229 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les causes d'affaiblissement.

1. L'influence d'une réforme se fait rapidement sentir. Elle donne au peuple une force nouvelle, ou une confiance qui en tient lieu.

Sparte chercha à s'étendre. La Messénie était une proie à sa portée. Elle la trouva séduisante et la crut facile. Il lui fallut deux guerres qui furent longues, sanglantes et fécondes en péripéties (743-723, 684- 668). La lutte contre Tégée dura soixante-quatorze ans; contre Argos, ville plus ancienne et plus vénérable, elle fut marquée par une vive animosité, et si, au moment des guerres Médiques, Sparte était maîtresse des deux cinquièmes du Péloponèse, elle le devait à sa valeur militaire, à sa ténacité et à sa vie goureuse organisation.

Sa constitution avait subi, sous la pression des circonstances, une double atteinte. Une menace constamment suspendue sur la tête de Sparte, c'était la diminution des citoyens privilégiés. Des causes nombreuses et permanentes rendaient cette diminution inévitable.

Après la première guerre de Messénie, le roi Polydoros fit épouser aux veuves des guerriers Spartiates, des Laconiens qui s'étaient signalés par leur valeur.

C'était une atteinte formelle à un privilège pré-

deux. L'intérêt commandait cette concession que la fierté nationale repoussait. Il fallut transiger, et il y eut, dès lors, une division profonde entre ceux qui ne formaient qu'un peuple.

Les sénateurs ne purent être que des membres des anciennes familles. Les nouveaux citoyens prirent part aux travaux de l'assemblée générale. Ils pouvaient ainsi sanctionner ou repousser les propositions du sénat, mais il leur fut interdit de les amender, et leur vote fut si souvent et si impérieusement commandé par les circonstances, qu'il resta le plus souvent, dérisoire.

Ce qui fut plus grave, c'est que ces deux classes dans un même peuple devinrent de jour en jour plus distinctes. Il y eut d'anciens et de nouveaux citoyens, des riches et des pauvres, et Tantagonisme que la réforme de Lycurgue semblait avoir éteint, se ranima plus ardent que jamais.

Tant que les Spartiates s'étaient trouvés seuls en présence des Laconiens et contre les Hilotes, la cité avait été tranquille. La main du pouvoir était rude, mais elle ne rencontrait pas de résistance sérieuse. Lorsque les inférieurs virent dans les égaux des ennemis, il y eut des brigues, des conspirations, des tentatives de résistance à certains ordres, des aspirations à l'entrée dans certaines magistratures.

L'égalité du pouvoir neutralisait l'action des deux rois, qui ne pouvaient être que rarement d'accord. L'inégalité entre les deux parties d'un même peuple provoqua des difficultés plus grandes et des haines plus vives.

Les conséquences se produisirent lentement et

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