CHAPITRE II
dans un festin, il fut jeté dans les enfers, où ses lèvres desséchées cherchaient sans cesse des eaux qui les fuyaient, et où ses mains avides s'étendaient vainement vers des fruits qui s'éloignaient , quand il croyait les saisir.
Rappelé à la vie, avec une épaule d'ivoire, qui remplaçait celle que Déméter avait mangée, Pélops épousa Hippodamie, fille d'OEnomaos, et devint roi de Pise.
Deux de ses fils, Atrée et Thyeste, jaloux de leur frère Ghrysippos, le firent périr. Retiré à Mycènes, Pélops y régna après son oncle Eurysthée. Il était le personnage le plus riche et le plus agréable à la nation (1).
Atrée et Thyeste sont célèbres par leurs crimes et par leurs malheurs. La légende et la tragédie ont consacré leur mémoire abhorrée.
Quatre grandes expéditions sont, à ces époques lointaines (du xiv^ au xii^ siècle) la manifestation du génie guerrier et aventureux de la Grèce.
Elles se relient à Thistoire de toutes les villes et à la généalogie des familles les plus importantes. Ce sont les deux sièges de Thèbes, l'expédition des Argonautes et la guerre de Troie. Elles ont fourni des matériaux à l'histoire et inspiré la poésie (2).
Devant Troie, oùluttent la civilisation et la barbarie, les Hellènes contre les Pélasges, l'Europe contre l'Asie,
(1) Thucydide, I, 4.
(2) Parmi les poèmes, on peut citer une Thébaïde , en sept livres et cinq mille vers, attribuée à Homère, ainsi que les Epigones, suite du poème cyclique précédent : chez les Romains, la Thébaïde de Stace que Ton considérait comme une imitation de celle d'Antimachos , et qui chante en douze livres, la lutte entre Etéocle et Polynice.
pour la domination dans la mer Egée, le premier rang appartient au Péloponèse. Ce sont les Achéensqui combattent et triomphent, c'est Agamemnon qui commande. C'est la querelle de Ménélas que tous embrassent. Ce sont les dieux qui animent, protègent ou poursuivent les héros.
Agamemnon et Ménélas, filsd'Atrée, avaient épousé les deux filles de Tyndare, roi de Sparte. Agamemnon régnait à Mycènes, dont les ruines révèlent la richesse et la grandeur (1); Ménélas à Sparte, dont les destinées devaient être plus glorieuses et plus durables.
Après la prise de Troie, Agamemnon tomba sous les coups d'Egysthe et de Clytemnestre , qui furent punis de leur forfait par Oreste. Ménélas rapporta à Sparte les dépouilles de Troie et les dons de l'Egypte. « Parvenu à une heureuse vieillesse, il est transporté aux Champs-Elysées, où il vit avec Rhadamanthe, le juge redoutable aux cheveux d'or, dans un climat délicieux et au sein d'un inaltérable repos. (2) »
4. « Trois villes font mes délices, disait Héré à Zeus, qui favorisait les Troyens : Argos, Sparte et Mycènes (3). »
Leurs destinées furent différentes.
Mycènes « aux larges rues » tomba sous la jalousie d'Argos, qui, après l'avoir longtemps combattue, lui reprocha de ne s'être pas unie à la Grèce pour repousser l'ennemi commun dans la lutte contre la Perse, lui fit une guerre terrible, la battit, extermina
(1) Voir Mycènes, de M. Schliemann.
(2) Homère, Odyssée, chant IV.
(3) Homère , Iliade , IV.