CHAPITRE XI
ne négligea, pour la reconquérir, ni les armes, ni la diplomatie, ni les alliances honorables, ni les coalitions honteuses, ni le fer de la Grèce, ni l'or de la Perse. Elle n'avait jamais été scrupuleuse sur l'emploi des moyens. En présence d'une rivale dont la gloire l'offusquait, elle ne se crut tenue à aucun ménagement, et lorsque après une guerre de vingt-sept ans, qui épuisa la Grèce en la déchirant parles mains de ses propres enfants, elle eut anéanti la puissance navale d'Athènes et renversé ses remparts, elle put croire que nulle autre cité ne lui disputerait la suprématie.
La guerre du Péloponèse fut la grande guerre civile de la Grèce. Elle arma toutes les villes, rompit toutes les alliances, excita les factions, provoqua le désir du changement, et donna l'essor au mouvement révolutionnaire. Dévouées à Sparte ou à Athènes, oscillant entre les deux, passant dans les camps opposés, les cités les plus calmes ressentirent les agitations les plus extrêmes, et perdirent tout ce qui jusqu'alors avait entretenu en elles les inspirations les plus hautes et les sentiments les plus généreux.
Les deux villes qui se disputaient avec tant d'énergie et d'obstination l'hégémonie de la Grèce, déployèrent sans doute de grandes qualités; mais elles virent se développer les vices que contenait en germe leur organisation politique et sociale. C'est le point de départ de leur décadence. Les luttes fratricides ne sont pas seulement fatales au présent; elles emportent, avec le sang, les espérances d'avenir. Athènes et Sparte furent également frappées à mort.
Le grand historien qui a si bien connu et si admi-
rablement exprimé l'état de la Grèce dans cette période critique, résume ainsi les résultats déplorables de cette lutte sans merci : « Par cette guerre, toute la Grèce fut profondément remuée, car partout il y eut des dissensions entre l'oligarchie et la démocratie : celle-ci recherchait l'alliance des Athéniens, celle-là l'appui des Spartiates. Les villes furent troublées par des guerres intestines, et là où elles éclatèrent plus tard, on ne chercha qu'à dépasser les exemples qui avaient été donnés ailleurs. Même les mots changèrent de signification. Une folle témérité fut appelée courage patriotique et une sage prudence, lâche pusillanimité. Celui qui était violent trouvait de la confiance, et celui qui lui était opposé devenait suspect; être rusé, c'était être prudent; être plus rusé, c'était être plus prudent encore. En un mot, l'éloge se donnait à celui qui surpassait les autres en injustice, et qui poussait aux mauvaises actions ceux qui n'y pensaient pas (i). »
Sparte avait été sans foi dans la lutte, elle fut sans mesure dans le triomphe. Le succès la corrompit, et la lourde domination qu'elle fit peser sur la Grèce ennemie ou alliée, souleva contre elle les plus violentes animosités et rendit inévitables d'autres luttes et une autre prépondérance.
Il n'obtint pas cependant, malgré ses instances et ses intrigues, d'être renvoyé avec des troupes à Byzance. C'eût été la guerre avec Athènes. Il s'y rendit (470) sans commandement, leva des mercenaires en Thrace et s'établit en ami du roi, dans cette ville qu'il lui avait enlevé. Les Athéniens l'en chassèrent.
(1) Thucyd.de, m, 82.