‹ Institutions de SparteChapitre 233 sur 242 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Il continuait ses négociations avec le grand roi, qui ne se fiait peut-être pas à lui, mais saisissait avec empressement tout ce qui pouvait diviser et troubler la Grèce.

Les envoyés des éphores le rejoignirent en Troade, et lui ordonnèrent de se rendre à Sparte. Il n'hésita pas, comptant sur la vénalité de ses ennemis et la fidélité de ses partisans, subit un nouveau procès de trahison, garda sa liberté et put continuer de correspondre avec l'Asie. En même temps, il préparait un soulèvement des hilotes, espérant, par ce double moyen, renverser l'éphorat et conquérir pour la royauté un pouvoir sans limites.

Ses lettres furent livrées aux éphores, qui ordonnèrent son arrestation. Il se réfugia dans l'enceinte d'Athéna Chalciœcos. Le respect pour un lieu sacré ne permettait pas de l'en arracher. On en ferma les issues, et, comme sa mort eût souillé le temple, on l'en arracha, au moment où, vaincu par la faim, il allait expirer.

C'était la première tentative ambitieuse des rois de Sparte. Pausanias comptait sur ses partisans, ce qui prouve que la loi n'était plus souveraine à Sparte, et que des révolutions pouvaient atteindre cette société immobile.

Le succès de ce général habile, citoyen infidèle, roi oublieux de ses devoirs, eût avancé la lutte avec Athènes, si, comme Sparte essaya de le faire croire, Thémistocle était son complice. La lutte de ces deux ambitions eût armé les deux cités l'une contre l'autre. Aucun n'eût voulu céder à son rival, et l'or de la Perse eût envenimé ces inimitiés, s'il n^avait soulevé

le reste de la Grèce contre les deux cités dont les représentants aspiraient à la domination.

3. Sparte obéissait à un préjugé tout-puissant chez les peuples qui ont systématiquement repoussé les relations extérieures, et dont les succès militaires ont couronné les efforts.

Elle jugeait son système de gouvernement supérieur à tous les autres, et, sans tenir compte des différences de climat, de mœurs, de caractère, de besoins, d'organisation, elle prétendit l'imposer partout. E!le le fit brutalement, plaçant à la tête des villes soumises et des villes alliées, des harmostes, à qui elle donnait le gouvernement militaire et qui prenaient tous les autres droits.

Sparte était le type auquel tout devait se conformer, et cette prétention se produisait au moment où la vertu dont elle faisait sa gloire, subissait les plus rudes atteintes. La vertu était, pour elle, la fidélité à ses lois, et cette fidélité ii^était plus qu'un mensonge.

Xénophon, malgré sa partialité, reconnaît cette décadence. <c Je sais, dit-il, que les premiers Lacédémoniens aimaient mieux vivre chez eux, dans une heureuse médiocrité, que de gouverner des villes conquises et recevoir des hommages corrupteurs. Je sais qu'en un temps, ils craignaient d'être pris à posséder de l'or, et que maintenant, ils se font gloire d'en posséder. Je sais que jadis, ils ont, pour ce motif, exclu les étrangers de chez eux, et interdit les voyages à leurs concitoyens, de peur qu'ils n'allassent emprunter à leurs hôtes des habitudes de mollesse, au lieu qu'aujourd'hui, l'ambition des

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