CHAPITRE XI
premiers citoyens ne peut être satisfaite que par la domination dans une contrée étrangère. Et tandis qu'autrefois, on ne s'occupait qu'à se rendre digne de commander, on se donne aujourd'hui beaucoup plus de mal pour le commandement, que pour le talent qu'il exige (1). »
C'est la plainte que faisait entendre Marins dans son discours au peuple : Je sais, Quirites, que la plupart d'entre vous ne conservent pas, après avoir obtenu le commandement, les principes au nom desquels ils l'ont demandé (2).
Tous les temps de décadence se ressemblent, et l'ambition, qui trompe ou subjugue les hommes, emploie les mêmes armes et a recours aux mêmes expédients.
L'or de l'Asie exerça sur les mœurs de Sparte, la plus funeste influence. Le nombre des citoyens diminuait, l'autorité des éphores, plus violente et plus absolue, passait par de nombreuses alternatives, et l'on vit des généraux et des rois s'emparer d'un pouvoir qu'on n'osait pas leur disputer, parce qu'il s'exerçait loin de Sparte, et s'appuyait sur des expéditions militaires.
4-. Lysandre, que la bataille d'JEgos-Potamos et la prise d'Athènes avaient élevé si haut, essaya de réaliser dans la Grèce les vues de Sparte. Par ses armes, l'oligarchie Favait emporté sur la démocratie. Il prétendit rendre cette victoire durable, et faire régner le régime oligarchique dans les îles de la mçr
(1) République de Sparte, ch. XV.
(2) Scio ego, Quirites plerosque non iisdem artibus imperium a vobis petere, et postquam adepti sunt, gerere. » (Salluste, Jugurtha, 85.)
Egée, sur les côtes d'Ionie, où, pendant des siècles, l'esprit démocratique avait été souverain. « Il ne laissa, dans aucune ville, le peuple à la tête des affaires, et confia partout l'autorité au petit nombre des nobles les plus audacieux et les plus violents (1). »
C'était enlever des alliés à Athènes et multiplier pour Sparte les appuis. Quelle était la ville ainsi organisée, qui n'eût fait, sous la direction de ses nouveaux maîtres, tout ce qui pouvait affermir l'autorité souveraine de la cité qui avait réduit Athènes à l'impuissance?
Ce ne fut pas assez, et son ambition alla plus loin. Après avoir assuré la prééminence de Sparte, il prétendit établir la sienne. Pour la seconde fois, la loi antique était directement attaquée, mais ce n'était plus par un archagète.
Il appartenait à la classe des périèques (2), et sa réforme, en le mettant à la tête de la république, aurait réalisé l'ambition d'une population nombreuse, riche, industrieuse et puissante, qui voyait avec une profonde jalousie tous les pouvoirs et toutes les magistratures entre les mains d'un petit nombre d'hommes, qu'elle n'avait jamais aimés et qu'elle cessait d'estimer.
(( Il ne put voir sans chagrin, dit Plutarque (3), qu'une ville dont il avait si fort augmenté la gloire, tût gouvernée par des rois qui ne valaient pas mieux que lui. Il pensa donc enlever la couronne aux deux
0) Plutarque, Ly sandre, 15.
(2) D'autres le croient Héraclide. C'est rOiinion de Plutarque. (Ly sandre, 29.)
(3) Vie de Ly sandre, £9.